**Par Jean-Francçois Achilli Après son soutien un peu encombrant samedi à François Hollande, pour qui il a dit vouloir voter, et son rectificatif hier -c’était de l’humour corrézien– une question ce matin : mais à quoi joue donc Jacques Chirac ?Il dit ce qu'il pense, tout simplement, et quelque part, ça doit lui faire du bien. Les images tournées samedi lors de la visite du musée de Sarran montrent un homme que tous ceux qui l'approchent décrivent comme très fatigué- il a quand même 78 ans - mais qui prend un plaisir manifeste à s'exprimer librement. Il se lâche, et apparemment, le monsieur dérange. En témoigne cette main qui essaie de l'empêcher de dire une nouvelle bêtise, et la réaction de Chirac, un peu comme celle d’un grand enfant, qui proteste : "je peux dire que je voterai Hollande". Il y a quelque chose d'un peu triste de voir cet ancien président, qui a dominé la vie politique nationale, aujourd’hui surveillé, encadré, comme une personne âgée qui ne maitriserait plus sa parole publique. Jacques Chirac a sans doute envie de retrouver un peu d’air, avant un procès programmé à la rentrée, qui s'annonce comme une épreuve physique particulièrement difficile. Ce n’était pas vraiment de l’humour, alors ?Le communiqué envoyé à l’AFP hier matin n'a trompé personne. Il a été rédigé par son entourage le plus proche, notamment sa fille Claude, qui veille sur lui avec beaucoup d'attention, afin de le protéger. L’explication officielle, "c’était de l’humour corrézien", rappelle les formules de com du parler Chirac de la grande époque: abracadabrantesque, pour la cassette Méry, ou pschitt, quand il s’est agi des billets d’avion payés en liquide. C’était il y a dix ans, quand le premier secrétaire du PS, un certain François Hollande, traitait le président de quasi-délinquant. Les temps changent. La déclaration de samedi a dû rendre furieuse une Bernadette Chirac, qui soutient Nicolas Sarkozy, à l’inverse de son gaffeur de mari, qui éprouve, lui, l’envie irrésistible de se payer son successeur, ce qu'il fait dans le tome 2 de ses Mémoires. Cette polémique dérange l’Elysée, qui ne dit rien, mais redoute ce raffut médiatique au moment où l’actuel président essaie de remonter dans les sondages. La bizarrerie dans cette affaire reste l'engagement de Frédéric Salat-Baroux, l'époux de Claude Chirac, au côté de Jean-Louis Borloo. Certains affirment que le couple a aidé à la relecture du livre. La famille Chirac, tout en essayant de calmer le jeu avec Nicolas Sarkozy, règle quand même ses comptes. La politique a toujours été une histoire de rapport de force. Et pour François Hollande, coup de pouce ou baiser mortel ?Sans hésiter, je choisis la deuxième option. Le soutien survient avant la primaire socialiste, et peut donner des arguments à une Martine Aubry sur le mode : "la vraie gauche, c'est moi". François Hollande doit se rappeler cette une de Paris-Match de mars 2005, où il posait souriant, avec Nicolas Sarkozy, tous les deux assis sur des tabourets de bar, avec ce titre : "Hollande et Sarkozy face aux Français en colère". L'effet fut dévastateur pour François Hollande, qui a déjà donné et n'a plus envie de se faire piéger même par un Jacques Chirac dont il apprécie le soutien, mais après les primaires.**

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