Ce matin, la fin de la géographie politique…

C’est sans doute temporaire, lié à l’ampleur de l’abstention et à la défiance généralisée envers ce qu’il est convenu d’appeler « l’ancien monde politique », mais oui… il n’y a plus, ce matin, de géographie politique ! Observer la carte de France des résultats de dimanche et vous verrez qu’EM est en tête quasiment partout, dans les circonscriptions aisées, populaires, les villes, les campagnes. Tous les fiefs sont mis à mal. Avant-hier la carte de la France politique venait de loin… les traditions jacobines en Ile de France ou dans le sud-est, girondines dans l’ouest, les terres catholiques modérées en Bretagne, plus traditionalistes en Vendée, protestantes en Alsace ou dans les Cévennes, très laïques et radicales dans le sud-ouest, les bassins miniers dans l’est, ouvriers dans le nord, les quartiers ouest des grandes villes peuplés de la bourgeoisie aisée à l’abri du vent et des fumés des usines des quartiers est, le conservatisme des montagnes, le bonapartisme de la côte méditerranée, les bastions rouges du midi… La politique incruste les territoires presque de façon tellurique. Avant-hier, on pouvait lire cette carte de la France façonnée par l’histoire et la géographie. Ce matin, elle est monochrome, violette ou jaune selon les journaux, de ces couleurs prises au hasard parce qu’elles que ne figurent sur aucun drapeau. Pas de distinctions culturelles ou sociologiques, seule la participation diffère. Elle est plus faible et un peu moins furieusement macronienne dans les circonscriptions les moins peuplées, les plus pauvres…

Est-ce que ça veut dire que les différences sociologiques et politiques s’estompent ?

Elles sont toujours là mais elles se sont peu exprimées cette fois-ci. Ce n’est pas le signe d’une hégémonie uniformisatrice d’EM mais plutôt de la spécificité de l’offre macronienne, qui répond, à un moment précis de notre histoire politique, à une préoccupation trans-partisane. Les grands partis, les mouvements politiques classiques, proposent un but politique. C’est d’ailleurs marqué dessus. Les noms des partis en attestent : Le PS veut le socialisme (reste à définir lequel certes), les Républicains veulent une autorité républicaine, le FN veut le nationalisme…la gauche écologiste veut l’écologie. Le terme EM, lui, ne désigne pas d’horizons précis mais un moyen de locomotion (En Marche). Il dit qu’il faut avancer, qu’il faut se bouger… mais il ne prétend pas dire pour aller où ! C’est plutôt un état d’esprit, une réaction populaire au déclinisme ambiant. EM propose le mouvement (c’est en cela qu’il peut se prétendre progressiste). Le pari du mouvement face aux autres partis qui représenteraient chacun un ordre ancien et donc une forme de conservatisme. Chacun, dans chaque camp, droite et gauche, peut y trouver une solution à la déprime politique qui plombe la France depuis trop longtemps. Si EM marche et Emmanuel Macron arrive à redonner durablement espoir en la politique, si ses réformes économiques fonctionnent, alors chaque courant retrouvera son lit d’origine, ses buts pour la société. Et la carte politique de France retrouvera ses couleurs. Chacun n’a pas forcément la même destination en tête, mais pour l’instant il semble y avoir –au moins- un accord pour remettre En Marche le véhicule qui permet d’y aller…

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