La droite verte !

C’était la teneur du discours d’Edouard Philippe, on approche peut-être de la définition du macronisme qui se construit en marchant. Droite verte, donc... Un oxymore pour toute une partie des écologistes. Mais une phrase synthétise le propos du 1er ministre : il veut une France qui ne vit pas au ‘crédit de ses enfants et ni de son environnement’. Formule qui permet l’alliage centre-droit/écologie : cette double exigence (lutter contre les dettes écologiques et financières), c’est un argument venu des écologistes quand ils tentent de convaincre les gouvernements libéraux d’être aussi ambitieux avec notre capital naturel que pour les finances publiques. Aujourd’hui, le 1er ministre la retourne, fait sienne cette équation et offre ainsi une identité politique plus affinée au macronisme. Un nouvel « en même-temps ».

Se pose quand même la question de la sincérité de cette conversion écologique. 

Et en politique, la question de la sincérité se pose surtout pour  l’opposition. C’est-à-dire pour ceux qui parlent mais dont on ne peut pas vérifier les actes ! Quand vous êtes au pouvoir, le sujet ne peut pas être la sincérité puisqu’il y a la réalité (ou non) de l’action (et ça se voit vite !). Un 1er ministre qui ferait vraiment de l’écologie mais juste pour des raisons électorales (donc de façon insincère) vaut mieux qu’un 1er ministre qui serait sincèrement écologiste mais n’aurait pas les moyens d’agir. Mieux vaut bien agir insincèrement que mal mais sincèrement! Maxime mitterrandienne! Certes, les annonces écologiques concrètes ne sont pas encore à la hauteur de la profession de foi inédite mais il y a des trajectoires tracées, des rendez-vous qui permettront de juger et des arguments pour rassurer les écologistes : Edouard Philippe s’avoue lui-même en transition. Il évolue. L’écologie est un processus. Quoi qu’il fasse, il trouvera toujours plus écologiste pour lui dire qu’avancer trop lentement, c’est reculer ! Et comme l’idée de l’urgence est maintenant bien ancrée, il sera, de toute façon, très dur pour la majorité d’apparaître comme étant dans le bon timing de la transition. Mais les heures de vérité viendront vite : la politique agricole, le niveau d’engagement juridique et financier pour la transition énergétique des bâtiments, la réalité des progrès de l’éolien offshore. Le versant centre-droit, lui, est réaffirmé avec les questions régaliennes, de sécurité, d’immigration, retraites retardées, assurance-chômage réformée. Le pan libéral-sociétal est couvert par la décision d’aller vite (cette année) sur la PMA pour toutes les femmes. La coloration centre-droit/écologie est donc articulée. Elle n’est cependant propre qu’à réunir une partie de la population : urbaine, plutôt aisée. Ce n’est pas avec ce discours que la majorité retrouvera les couches populaires et les gilets jaunes. Elle compte certainement sur les résultats sociaux de son action à moyen terme pour cela. L’avantage de ce positionnement enfin précisé c’est aussi qu’il sera en phase avec Berlin et sa prochaine alliance CDU-Grunen, annoncée. Voilà pour la théorie. Il ne reste plus qu’à vérifier –par les actes- sa pertinence et son effectivité.

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