Pour fêter sa première année de non-président, Jacques Chirac invite aujourd'hui ses ex-collaborateurs dans un restaurant parisien. Un rassemblement « amical » après les attaques de Nicolas Sarkozy à l'encontre de son prédécesseur. "Ca lui en a bougé une sans toucher l'autre." Vous me pardonnerez cette sortie grivoise. Elle est en réalité une citation d'un proche de Jacques Chirac, qui cite d'ailleurs lui-même son modèle et inspirateur, l'ex président en personne, adepte de ces formules un peu abruptes et pas forcément très élégantes dans les dîners en ville. Mais quelle que soit la façon dont on le dit, la réalité est celle ci : les attaques de Nicolas Sarkozy la semaine dernière ont laissé Jacques Chirac de marbre. Pas un emportement, pas un commentaire de sa part, il n'en fera pas plus aujourd'hui semble-t-il, d'ailleurs. Il paraît qu'à chaque fois qu'un visiteur prononce devant lui le nom de son successeur, il ne renvoie qu'un sourire. Sourire énigmatique, entendu, sourire du Sphinx. Nicolas Sarkozy dégoise. Jacques Chirac ne dit mot, il ne jubile même pas, affirme un de ses proches. Mhh, à voir... Lui sait depuis le départ à quoi s'en tenir avec le président actuel. Quand le premier est toujours prompt à se moquer du second, du long combat par exemple qu'il a fallu à Jacques Chirac pour accéder au pouvoir "21 ans et pour en faire quoi ?" se demandait-il la semaine dernière, prompt à effacer son oeuvre, dans le débat institutionnel, il veut faire sauter le "verrou Chirac", l'article 88-5 de la constitution qui stipulait que toute nouvelle adhésion européenne devait être ratifiée par référendum par le peuple français, prompt à tourner la page d'une certaine distance française avec les Etats-Unis, prompt encore à se démarquer du tournant mémoriel pris par Jacques Chirac, qui avait reconnu que "la France à Vichy avait commis l'irréparable". Et bien le second, lui, se tait donc, n'écrit point de mémoires vengeresses comme a pu le faire un Giscard, ne communique avec la presse que pour défendre la politique de co- développement, et se fend même d'un courrier pour ses amis chinois quand les relations entre nos deux pays tournent au vinaigre. En se comportant en homme d'état, Jacques Chirac devient le point de convergence de tous les déçus du sarkozysme. Les parlementaires UMP excédés par les oukases du président, les réformes illisibles, et les entorses faites selon eux à une certaine conception de la France, se tournent vers lui, le consultent, l'interrogent. Jacques Chirac sent la température monter autour de lui, mais tel le Sphinx donc, se tait. Certains de ses amis expliquent que c'est parce qu'il craint Sarkozy et ses réactions, "Sarko le tient avec ses histoires judiciaires", affirme l'un d'eux. D'autres reconnaissent qu'il n'a plus la main sur rien, pas même sur un éventuel héritier. Seul Dominique de Villepin pourrait aujourd'hui éventuellement incarner cette droite républicaine et gaullienne. Il parait que la blessure de Clearstream a allumé en lui la flamme qui lui manquait pour se lancer vraiment dans la politique, peut-être l'an prochain à l'occasion des européennes. En tout cas, pour l'instant, c'est autour de Jacques Chirac et de lui seul, que va se tenir ce soir, dans un resto branché de Paris, une des premières et des plus grosses réunions de l'opposition au sarkozysme. Quel paradoxe décidément ! Parti il y a 1 an de l'Elysée, sous les lazzis et les moqueries, l'ex président est en fait réhabilité par son successeur. Ce sont les outrances et l'incapacité de Nicolas Sarkozy à boutonner à son tour son costume de président, qui confèrent a posteriori, une stature présidentielle à Jacques Chirac. Chirac le recours ??? Qui l'eut cru !

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