"The Economist", l'hebdomadaire britannique, rend hommage au modèle social français. Ce journal libéral fait une Une assez provocatrice pour la vision anglo-saxonne. On y voit sur la première marche d'un podium, Nicolas Sarkozy toisant, moqueur ; Angela Merckel sur la seconde marche ; alors que l'anglais Gordon Brown est quasiment sous terre à la troisième place. L'idée générale du dossier est de dire que la crise est due aux excès du libéralisme et que la solution viendra d'un modèle à la française. La constatation s'appuie aussi sur la façon dont Barack Obama veut réformer le système de santé américain. Cette affaire de modèle social français devient, chez nous, un débat politique. Parce que celui qui l'incarne à l'étranger, s'est fait élire en le ringardisant. Ce discours de la campagne 2007 sur l'obsolescence d'une partie, au moins, du modèle français, était d'autant mieux perçu que notre modèle semblait devenir moins efficace et très cher. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy court la planète en affirmant qu'il faut réguler, intervenir, encadrer le capitalisme. Est-il le mieux placé pour défendre un modèle qu'il critiquait ? Si l'on se penche sur l'histoire récente, il n'est pas le plus mal placé. Parce que ce modèle, bien identifiable depuis 1945, est, en fait, plus ancien et bien ancré dans la tradition de notre pays. Il est né de l'histoire des révolutions et soulèvements du 19ème siècle pour imposer une République sociale. Du coup, le président français, quel qu'il soit et quel qu'est été son discours passé, est, par nature, l'incarnation, face au modèle anglo-saxon, de la vision française. Le Modèle Français est plus fort que le Président. Qu'il le défende sincèrement ou non n'a aucune importance. Ce modèle est fait d'un mélange de solidarité, d'une certaine forme de centralisme, d'un capitalisme d'Etat, appelé autrefois colbertisme, d'une imbrication des élites de la haute administration et de la grande industrie, et d'une infrastructure sociale et matérielle voulue et conçue par l'Etat. Ces zélateurs étrangers soulignent qu'il a produit la sécu, le TGV et entretenu une natalité vigoureuse ; ses détracteurs estiment qu'il n'est plus finançable et qu'il n'a pas rempli sa mission égalitaire et qu'il engendre trop de conflits sociaux. Toujours est-il que vous aurez remarqué : le mot « réforme » ne veut plus dire « changement de système » mais « réparation du système » ! Que depuis quelques mois, l'acception du mot « dette » publique a évolué. Ce n'est plus un poids pour nos enfants mais un investissement d'avenir. Par ces temps de crise, le caractère bonapartiste-volontaire de Nicolas Sarkozy s'accommode parfaitement d'un Etat fort. Finalement, il saura endosser les habits d'un nouveau dirigisme réclamé par tous. Et puis, le fait de faire exactement le contraire de ce pourquoi on a été élu, n'a jamais constitué un obstacle pour être réélu. François Mitterrand : Élu pour nationaliser et relancer la demande, réélu sur une politique de rigueur budgétaire. Jacques Chirac, dont le parcours idéologique est aussi sinueux qu'une route de montagne corse, a aussi été élu et réélu. Bref, ceux qui arrivent à se faire élire par plus de 50% de nos concitoyens sont ceux qui arrivent à incarner nos propres contradictions. Ils ont tous quelque chose du citoyen Chonoc. Le citoyen Chonoc, c'est un candidat imaginaire, inventé par le journaliste anarchiste Victor Méric en 1910. Ce faux candidat s'est vraiment présenté aux élections générales en amalgamant tous les programmes des vrais candidats. « Radical si cela vous plait, socialiste si vous voulez, royaliste si vous y tenez » disait-il. Nicolas Sarkozy nous a bien vendu une révolution libérale en citant Jaurès. « Tous les programmes sont les miens », tel était le slogan du citoyen Chonoc qui avait, en réalité tout compris !

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