Une question qui taraude le PS en ce moment : le futur candidat socialiste doit-il s’adresser prioritairement à l’électorat populaire ou aux classes moyennes ?C’est une question que se pose le strauss-kahnien François Kalfon, chargé de l’opinion au Parti Socialiste et Olivier Ferrand avec son think-tank Terra Nova, réputé proche également des idées du patron du FMI. Kalfon considère que le PS doit s’adresser d’abord aux classes populaires et aux personnes âgées. Deux catégories qui auraient des intérêts objectifs de voter à gauche mais qui ont massivement voté à droite en 2007. Les personnes âgées de plus de 65 ans, participent beaucoup à chaque scrutin et représentent maintenant 30% de l’électorat. Olivier Ferrand fait une autre analyse : alors que la classe ouvrière était de gauche et représentait 37% de la population en 1981, elle ne représente plus que 15% aujourd’hui et surtout elle parait encrée dans le vote conservateur. Ferrand estime que la gauche doit plutôt se concentrer sur les classes moyennes plus ouvertes sur toutes les questions de société. Le spécialiste de l’opinion François Kalfon, et celui des idées, Olivier Ferrand, ne sont pas d’accord alors qu’ils sont tous les deux strauss-khaniens. On peut donc constater que l’on ne tombe pas forcément sur les mêmes conclusions si l’on se pose la question de l’opinion ou si l’on se pose la question des idées ! Voilà une contradiction qui pose un sacré problème de stratégie ! En 2007, Nicolas Sarkozy avait, lui, réussi à s’adresser à quasiment toutes les catégories de population !C’est vrai, il avait fait une synthèse ou plutôt une série de grands écarts. Un discours républicain fédérateur et, en même temps –contradiction idéologique- la laïcité positive ou la discrimination positive. « Travailler plus pour gagner plus » pour les petits salaires et bouclier fiscal pour les hauts revenus, ça avait marché aussi ! Par la magie du verbe Nicolas Sarkozy s’adressait à tout le monde. Mais la réalité est moins magique et l’identité républicaine a été écornée par le débat sur l’identité nationale alors que ni la discrimination positive, ni la laïcité positive n’ont pu être instaurées. Le « travailler plus pour gagner plus » est inopérant alors que le bouclier fiscal, n’existe plus. Dès lors, une question se pose : faut-il vraiment raisonner en catégorie de Français ? Et puis d’abord… qu’est-ce qu’une catégorie de Français ? Les jeunes ont des parents ou des grands parents qui sont vieux, les vieux ont des enfants qui sont des jeunes ! Ils sont aussi de classe moyenne ou populaire ; il y a même des vieux qui raisonnent comme des jeunes et inversement. Un jeune ouvrier réagira-t’il comme un jeune ou comme un ouvrier… et s’il est homosexuel… il est déjà dans trois cases qui ne sont pas censées avoir les même intérêts ? Bref… on pourrait suggérer aux candidats, s’ils ambitionnent de réaliser ce truc inimaginable : réussir à être élu mais aussi réussir à faire ce pourquoi ils auront été élus, de ne pas trop écouter tous ceux qui leur disent de s’adresser à une catégorie plus qu’à une autre… mais plutôt de se contenter de proposer les solutions qu’ils estiment souhaitables, réalisables pour l’ensemble du pays en faisant le pari que l’électeur peut aussi choisir de voter avec d’autres critères que ceux des intérêts supposés de catégories dans lesquelles des spécialistes l’auront classé. En fait, le PS et les autres d’ailleurs, devraient penser à s’adresser à une catégorie ignorée par les pros de l’opinion et de la com’ : la catégorie des citoyens.

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