Les questions institutionnelles posées par le Référendum d’Initiative Partagée sur la privatisation d’Aéroport de Paris.

Oui ce processus donne à réfléchir sur l’équilibre entre les 3 faces nécessaires de la démocratie : représentative, participative et directe. La crise des Gilets Jaunes, le continu progrès de l’abstention et le constat de l’impuissance publique prouvent qu’il nous faut faire de la politique autrement. Dans un monde connecté où chacun veut avoir son mot à dire, bien au-delà des élections, la démocratie représentative ne suffit plus. Déjà, à cause du fait majoritaire qui surdimensionne le parti du président, elle n’est plus adaptée. L’introduction d’une dose de proportionnelle peut être un début de réhabilitation. Pour ce qui est de la démocratie participative, une minorité de citoyens   participe activement, via partis et syndicats, et beaucoup plus nombreux à leur façon, via les associations. Les syndicats notamment sont terriblement affaiblis. L’idée est donc (en affichage au moins) de les remettre au centre des décisions (du moins ceux qui sont disposés à dialoguer) pour les rendre plus attractifs... mais d’autres pistes, comme le Grand débat, ou comme ces conférences thématiques de citoyens tirés au sort, peuvent être un moyen de revitaliser la démocratie participative. 

3ème face : la démocratie directe... 

Et dont le RIP (Référendum d’Initiative Partagée) est un élément voulu par Nicolas Sarkozy en 2008 et jamais utilisé. Pour la 1ère fois, il est mis en œuvre. On peut s’interroger sur la surdimension de cette procédure pour une histoire d’aéroport... mais, il est question ici (au-delà d’une tactique d’opposition maline) de sujets d’importance, idéologiques et symboliques à propos de la sphère de ce qui doit être public ou privé. La majorité s’inquiète de ce que la démocratie directe (même activée par le parlement) fera subir à la démocratie représentative déjà malade si les oppositions peuvent suspendre ainsi, par le RIP, via des menaces de référendum, des lois régulièrement votées mais pas promulguées. Les oppositions, bien que minoritaires, même réunies, auraient, de fait, un pouvoir de majorité ! N’allons-nous pas, dès lors, vers une entrave à la démocratie parlementaire? Cette crainte est surjouée parce que, en ce qui concerne une majorité centrale comme LREM, il faut, en réalité, pour que soit déclenchée une telle procédure, que les oppositions soient d’accord sur le fond et pas simplement -c’est très important- sur le fait de s’opposer au gouvernement ou au président. Que le PS, LFI et LR soient en phase sur les raisons de s’opposer à un texte, c’est, en réalité, assez rare. Et si des oppositions si diverses sont d’accord sur l’idée qu’ADP doit rester public, il y a fort à parier qu’elles soient en phase avec une majorité de Français. De plus il est assez difficile pour le gouvernement d’être crédible dans sa dénonciation d’un processus qu’il propose par ailleurs (dans son projet de réforme des institutions) de rendre plus facile à déclencher. Comme souvent s’agissant de la pratique des institutions, ça se juge à l’usage... Faut le voir porté ! Et, en l’occurrence, ce n’est pas d’empêcher une privatisation largement réprouvée qui fera du RIP un danger pour la démocratie. 

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