L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz. Sous Hollande et Mitterrand, il y avait des "solferinologues" pour décrypter les querelles de courants au sein du PS… Pas besoin d’être "enmarchologue" pour capter les secousses qui agitent la galaxie macroniste.

Pour celles et ceux qui auraient raté le film : 3 secousses ! 

Dimanche 2 mai, l’officialisation par Jean Castex d’une alliance avec Renaud Muselier en région Sud PACA. « Exemple de recomposition politique », se félicite le Premier ministre. 

Lundi 10 mai au soir, le patron de la REM, Stanislas Guerini, répond (sur twitter) à Jordan Bardella, le numéro 2 du RN : la candidate Sara Zemmahi, suppléante pour les départementales à Montpellier, voilée sur son affiche, doit choisir. Car "les valeurs de la REM sont incompatibles avec le port ostentatoire de signes religieux", écrit Guerini. 

Et enfin mardi soir : le bon vieux coup du rideau revisité… Dans l’hémicycle clairsemé, les députés La REM en sous-nombre ne font plus le poids face à leurs amis du Modem, qui bloquent, pour quelques heures seulement, la loi sur la sortie de l’état d’urgence sanitaire.  

Vicissitudes de la vie partisane et parlementaire ? Je dirais plutôt « saison des couacs », celle qu’on retrouve à chaque fin de quinquennat. Entre stress présidentiel avant la (re)candidature et déconfinement des troupes lassées de marcher au pas. « C’est la dernière année utile ! », répètent les locataires de l’Elysée. « Utile à qui et pour faire quoi », répond en écho la chambre basse. 

Rembobinons : au premier semestre 2011, on s’écharpe, à droite, sur la suppression de l’ISF et l’utilité du RSA. En 2012 c’est la bataille Copé / Fillon dans la majorité, UMP contre RUMP. Puis l'alternance Hollande. Au premier semestre 2016, la loi travail et ses frondeurs, après le traumatisme de la déchéance de nationalité.  

Et comment font les Présidents quand l’horlogerie se dérègle ? 

Ils tapent du poing sur la table et le font savoir. Pas plus tard qu’hier soir, on apprend qu’Emmanuel Macron, en conseil des ministres, s’est fâché tout rouge contre ceux qui perdent leur temps à commenter l’actualité plutôt qu’à agir. Le verbe « recadrer », toujours à la mode. Rappel à l’ordre et à la solidarité. Sauf qu'à l’heure des réseaux et du tout info, les « je décide, ils exécutent » deviennent des mots creux.

Derrière les pseudo-couac, se nichent des problèmes de fond non réglés, non purgés. 

Comment imaginer qu’une fusion (confusion) LR / LREM aux régionales ferait sauter de joie des marcheurs qu’une décision imposée d’en haut prive de premier tour sous leurs propres couleurs ?

Le voile ! Question qui réempoisonne et reclive, députés et ministres... Mais c’est bien la preuve que le sujet reste brûlant et la réponse paresseuse. La doctrine En Marche, c’est donc qu’une femme voilée peut être investie, à condition qu’elle retire son voile pour la photo de campagne (ce que la loi n'impose absolument pas !), mais elle pourra le porter à nouveau une fois élue ! Circonvolutions complexes du "en même temps". 

Enfin, le Modem et sa mini-rébellion… Pour envoyer un double signal : le Parlement vaut plus que des états d’urgence. Et respect des alliés. A l’heure où Emmanuel Macron chasse sur les terres de droite, les premiers de cordée de 2017 se rappellent à son bon souvenir. 

De l’art de gérer un écosystème politique à la française, l’impossible quête du carré magique : Elysée, gouvernement, groupe parlementaire et parti alignés ? Pure théorie. Mais, au moins, dans l’exercice du pouvoir : garder son cap, son propre agenda, sans se laisser impressionner et déborder par celui de l’adversaire (le RN).

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