Journée spéciale Profs aujourd'hui sur France Inter. Des profs longtemps catalogués à gauche. Mais dans cette campagne présidentielle, les candidats de gauche peuvent-ils encore compter sur eux ? Voilà le cri d'alarme lancé il y a quelques jours par le socialiste Jean-Luc Mélenchon sur son blog. "La gauche est menacée d'être éjectée du second tour par François Bayrou écrit-il, François Bayrou qui est un problème pour le PS, puisqu'il vient puiser dans certaines catégories sociales et en particulier chez les enseignants." Les voici donc désignés les coupables : les profs, des profs qui s'enfuient chez Bayrou. Pour le parti socialiste, c'est forcément une voie d'eau dramatique tant le corps enseignant lui a très longtemps fourni des bastions d'électeurs, de militants et d'élus. En 1981, ce sont les instits et les profs qui ont fait gagné François Mitterrand, le groupe socialiste de l'époque comptait 137 enseignants, la moitié de ses députés. Mais en 2002, ce sont eux qui n'ont pas fait gagné Lionel Jospin. Seulement 27% se sont portés sur lui au premier tour, quand 7 ans plus tôt, ils étaient encore 40. Mais voilà, entre temps, il y avait eu entre autre, Claude Allègre, et ses rodomontades sur le "mammouth à dégraisser". Alors aujourd'hui pourquoi y a-t-il "le feu au lac" comme dit Mélenchon ? Conversations en salle de profs, blogs d'enseignants ou forums de discussion, il ne faut pas chercher bien loin pour ressentir les doutes, la désillusion, parfois même le malaise des profs face à la gauche. Et puis il y a ce sondage, qui reste un sondage mais quand même, ce sondage IFOP paru dans "Le Monde" de l'éducation de ce mois ci : Ségolène Royal 31% d'intentions de vote au premier tour, François Bayrou 27 et Nicolas Sarkozy 19. Enfer, damnation et trahison ! Ne devancer que d'un cheveu François Bayrou, ce démocrate chrétien qui tenta de donner de l'air à l'école privée en réformant la loi Falloux ? Quelle humiliation ! Ce ministre de Balladur et de Juppé en resta ensuite par prudence à la simple cogestion du ministère avec les syndicats ? Et bien oui, celui là même qui aujourd'hui, fait applaudir à chaque meeting les enseignants, et prend leur défense quand il sent la salle un peu rétive ! Une petite attention qui met du baume au coeur à une profession qui se sent mal aimée, prise déjà dans le tourbillon du descenseur social et moral. Et qui a très mal vécu l'entrée en campagne de Ségolène Royal et sa vidéo accusatoire sur leur temps de travail. Alors depuis, les fils ont été renoués. Le pacte présidentiel Royal ouvre son chapitre sur l'éducation, par la reconnaissance de la mission fondamentale des enseignants. Mais la tentation centriste semble perdurer, tentation du contrat et de la continuité disent certains, tentation de l'immobilisme persiflent les socialistes. En 2007 en tout cas, les profs pourraient devenir des électeurs comme les autres, des électeurs plus volatiles, et plus à droite qu'il y 5, 12 ou 25 ans. 81 est loin !

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