Dimanche soir, les états majors politiques vont sortir leur calculette pour faire leurs comptes : combien de villes perdues, combien de villes gagnées ? Certains gains et certaines pertes seront évidemment plus symboliques que d'autres. Depuis Dali, c'est la gare de Perpignan qui est le centre du monde. Mais au moment des élections, les états majors politiques ont pris la bête habitude de se focaliser sur un autre centre du monde, Paris, nombril de la France, un nombril qui a tourné en rond pendant plus de 20 ans autour de Jacques Chirac et de son héritier, Jean Tibéri. Et quand en 2001, Paris s'est donné à la gauche, cela a donné le tournis à tout le monde, on a même cru à l'époque que la gauche avait remporté toutes les municipales. Fatale erreur d'optique. Alors dimanche soir, où sera le centre du monde politique ? Au PS comme à l'UMP, 2 gros points rouges comme des mirettes sur la carte de France : Marseille et Toulouse. Que la canebière et le capitole restent à droite, et la majorité sauve l'honneur et 2 villes de plus de 100 000 habitants. Qu'ils basculent à gauche, et c'est toute la France qu'on croira devenue rose. Dans les 2 villes, le suspense reste entier. Derniers jours de campagne, derniers coups de poker. A Marseille, une lettre de Nicolas Sarkozy exhibée par Jean-Claude Gaudin, un accord bancal avec le Modem pour Jean-Noël Guérini. Tambouille et ratatouille pour glaner quelques voix. A Toulouse, le cas est plus mystérieux, car l'un des candidats en lice ne fait RIEN. Il ne bouge pas un cil. Réservoir de plus de 11% des voix à sa gauche, à son extrême gauche ? Pierre Cohen, candidat socialiste puisque c'est de lui qu'il s'agit, refuse de céder aux exigences de fusion. Même froid dédain à l'égard du Modem et de ses 5% de voix. Pierre Cohen ne passe aucune alliance, demande aux leaders nationaux comme François Hollande qui devait venir hier, de rester chez eux. Tel un sphinx impassible et immarcesible, il défend son projet local, et sa coalition de premier tour, et refuse d'entrouvrir la porte aux autres. Quitte à dérouter ses électeurs. Alors, pourquoi refuse-t-il les additions ? C'est simple. La gauche toulousaine garde un cuisant souvenir de 2001. AU soir du premier tour, le candidat socialiste talonnait Philippe Douste-Blazy. Fusion avec la liste des Motivés entre les 2 tours, "allez Douste Douste" chantent les militants avec Zebda, mais la fête ne dure que quelques jours poru la gauche. Philippe Douste-Blazy dénonce une "coalition disparate et de circonstance qui entrainera la pagaille au Capitole", la campagne se durcit, flirte avec parfois de vilains réflexes racistes; Douste Blazy écrase finalement le candidat socialiste avec 10 points d'écart - pas question de rejouer le même film, et de remobiliser l'électorat de droite contre soi. En face, Dominique Baudis tente d'aider son candidat à conserver une mairie à droite depuis 36 ans. C'est lui qui avant le premier tour appelle François Bayrou pour lui expliquer qu'il comprend bien sa position au niveau national de défense du pluralisme politique mais qu'en l'espèce, à Toulouse, ça passe par la conservation de la ville rose, la seule à ne pas être rose sans la région, c'est lui qui le rappelle lundi pour activer l'alliance avec le Modem. François Fillon, inquiet du sort de la ville, propose ses services, le candidat lui demande gentiment de rester chez lui. Baudis à la manoeuvre derrière Jean-Luc Moudenc, Cohen seul contre tous dans sa stratégie, à Paris, les leaders nationaux sceptiques, soupirent "on serait bien venus l'aider quand même" ou "N'est pas Jaurès qui veut", et bien que tous se rassurent, celui qui gagnera dimanche à Toulouse comme à Marseille sera le hérault de son camp, le nombril du monde pour quelques heures. Car c'est lui qui donnera la couleur Bleue, ou rose à ce crû municipal 2008.

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