Deux retours médiatiques : celui de Rachida Dati et celui d’Alain Juppé , la carpe et le lapin. Rachida Dati d’abord. C’est un cas tout à tout a fait symptomatique de ce que la politique d’aujourd’hui peut produire de plus artificiel, de moins politique, si l’on prend le sens noble de ce terme. Le nouveau président avait eu l’audace de nommer à un poste régalien cette jeune femme issue de l’immigration. L’idée était excellente, mais il s’est vite avéré que le casting était raté. Très vite d’ailleurs, Rachida Dati n’a plus été ministre que pour la galerie. Le vrai ministre se trouve à l’Elysée, il s’appelle Patrick Ouart, c’est le conseiller justice. Nicolas Sarkozy a finalement compris que Rachida Dati, toujours populaire, n’avait d’intérêt politique pour lui qu’en période de campagne. Il lui a donc imposé d’être candidate aux européennes ce printemps et de disparaître à Strasbourg pendant quelques années. Mais Rachida Dati est devenue une sorte de tamagoshi politique qui marche tout seul, comme si le bouton off était inopérant. Tout ça n’a absolument rien à voir avec le monde des idées, avec un quelconque débat de fond. Nous en sommes très loin. Il se trouve que le président n’en veut plus au gouvernement et que Rachida Dati ne le vit pas bien. Elle a donc décidé d’avoir une existence politique propre. Et ça passe par un retour médiatique. Elle est donc allée voir Anne Méhaud, grande prêtresse de la communication politique. Anne Méhaud a accepté de l’aider. Au passage, on ne sait pas qui paie ses services. On espère quand même que ce n’est pas le contribuable mais, toujours est-il que l’agence de com’ en question, organise le retour médiatique de la ministre et peaufine le discours. Rachida Dati est à la Une de « Gala » cette semaine. Elle a été au 20 heures de France 2 et a répondu à une interview du « Journal Du Dimanche » le 8 mars, c'est-à-dire pour la journée de la femme. Un sujet lui sera consacré dans l’émission people de TF1 « 50 minutes inside ». Le comble sera sans doute atteint avec l’émission, « Vie privée, vie publique » de Mireille Dumas, à laquelle Rachida Dati a accepté de participer. On imagine que ce n’est pas pour y parler de la surpopulation carcérale ou de la réforme du juge d’instruction ! Rachida Dati n’incarne pas des idées en particulier mais un parcours, une histoire, une saga. Ce personnage politique est singulier et symptomatique car après avoir personnifié la diversité, il personnifie aujourd’hui la femme libre, passant d’un symbole à l’autre comme d’autres changeraient de portefeuille ministériel. C’est d’une vacuité politique abyssale. Et puis il y a Alain Juppé, lui aussi est partout. L’ancien premier ministre et actuel maire de Bordeaux sort un livre dans lequel, nous dit-t-on, il tente d’humaniser son image. On a l’impression que ça fait des années qu’il essaie d’humaniser son image et alors là, après vous avoir décrit rapidement la saga people de Rachida Dati, on a subitement envie de dire à Alain Juppé : « surtout pas… ne tentez pas d’humaniser quoi que ce soit en vous… ne vous laissez pas tenter par les sirènes du story telling, vous avez vos défauts : vous êtes énarque, homme, chauve, technocrate, vous ne ferez sans doute pas l’objet d’un sujet dans « 50 minutes inside » sur TF1, vous n’avez pas toujours eu un sens de la tactique politique très performant ! Mais vous avez des qualités que personne ne peut contester, vous êtes compétent, sérieux et cultivé… et vous avez le sens de l’Etat ! » Et justement, il serait temps qu’un nouveau ministre de la justice soit nommé. Il y a des moments dans la vie politique où l’on ressent le besoin de renouvellement et puis d’autres moments, plus troublés, où la nécessité de retrouver un peu de solide et d’expérience se fait ressentir ! En matière de justice, nul doute que nous en soyons là ! Le monde judiciaire est exaspéré. Il faut que l’on puisse reparler de la réforme de l’instruction, de la réforme pénitentiaire, des futures et incalculables répercutions du naufrage du procès Colonna, de l’incarcération sans doute abusive de Julien Coupat (ce jeune homme soupçonné d’avoir saboté des lignes TGV). De la justice quoi, sérieusement avec un ministre de la justice. Ça peut servir.

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