Ce matin, en toute simplicité, vous remettez en cause le principe de l’élection présidentielle au suffrage universel direct.

Je sais c’est osé, surtout devant Jack Lang, éminent professeur de droit constitutionnel. Mais c’est vrai, vous avez remarqué ? Plus personne ne remet en cause le mode d’élection du président de la République au suffrage universel direct et son corollaire, la persistance d’un parlement faible. Et pourtant cette campagne aurait de quoi réactiver tous les arguments classiques des opposants à ce mode de désignation. Les socialistes se sont glissés, depuis longtemps, dans les meubles de la Vème République, si confortables pour l’exécutif. Ils ont même instauré, pour leur plus grand bien, des primaires qui présidentialisent la désignation de leur candidat. Pourtant toutes les critiques qui avaient été développées en 1962, au moment ou le général de Gaulle avait fait adopter cette idée par referendum, sont toujours valables. La personnalisation du débat, la tentation plébiscitaire, le risque de plus voter contre un homme plutôt que pour un projet… tout y est. Amplifié par une surpuissance médiatique ! Il suffit de constater l’état des débats du moment, le zapping incessant, on passe d’une polémique à l’autre d’une proposition choc à un coup de com’ ! Aujourd’hui, les courbes se croisent parce qu’il y a eu un meeting spectaculaire et une émission réussie pour Nicolas Sarkozy. Et on annonce déjà la riposte, forcément fracassante, de François Hollande au meeting de Marseille demain et sur France 2 jeudi. On a l’impression de commenter une course de bulldozer !

Mais c’est l’élection à laquelle les français participent le plus !

Effectivement ! Parce qu’à chaque fois on dirait que notre destin se joue en même temps que le destin d’un homme. « Aidez-moi », supplie Nicolas Sarkozy. Comme si (comble de la personnalisation), en sauvant la carrière du président on participerait au sauvetage de la France. En trois mois, tous les cinq ans, on débat de tout, en vrac et en binaire, de l’économie, du social, de la santé, des libertés, de la sécurité, de l’énergie, de culture, aussi bien de la république, du rêve français, que d’un taux de TVA. On arrive même, dans ce moment de débats hystérisés, à faire du menu des cantines scolaires un enjeu de survie de notre identité ! Trois mois dans une essoreuse infernale ! Pour qu’un sujet émerge il faut choquer, cliver, casser du tabou, bousculer l’agenda. Le culot est plus efficace que le courage. Le piège de 1962 fonctionne encore. Il empêche toujours la France de passer d’une société de conflits à une société de contrats. Alors il est vrai que l’élection du président, directement par le peuple, dans notre monde complexe, aux pouvoirs dilués, comporte une simplicité démocratique sans doute nécessaire. Seulement, il se heurte à un écueil grandissant. Si les attributs et le décorum du pouvoir sont toujours à l’Elysée, si la République a toujours pour cadre la nation, chacun sent bien que nos problèmes dépassent nos frontières et surtout que les solutions sont désormais au moins européennes. Le vrai cadre d’une élection au suffrage universel et direct devrait donc être européen. D’ailleurs les deux candidats qui ont une chance de gagner font mine de vouloir renégocier les traités, affirment qu’ils feront pression sur l’Europe et même prononcent des ultimatums avec l’idée de mater Bruxelles. C’est bien la preuve que c’est là-bas que ça se passe et que c’est à ce niveau là que nous devrions pouvoir, plus directement, exercer la souveraineté populaire !

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