Ce matin, tentative d’analyse politique du conclave…

Oui, après tout c’est une élection, et l’Eglise n’aura pas tout à fait le même visage, ni tout à fait le même message selon le papabile désigné. Et c’est tout ! Voilà mon analyse… Je ne peux pas aller plus loin parce qu’en réalité, il n’y a rien à dire sur le fond, vous remarquerez que toutes les pages des journaux, les heures de direct ne servent qu’à nous expliquer, par le menu, la procédure ritualisée par laquelle, dans le plus grand des secrets (à Rome, on dit recueillement) 115 hommes en dentelles et surplis va désigner un successeur à Benoît XVI. On sait maintenant tout sur la composition chimique qui a remplacé la paille pour teinter la fumée (noire ou blanche), on n’ignore rien des installations dernier cri destinées à rendre les communications des cardinaux impénétrables. Mais à part la combustion du poêle pontifical et les panneaux brouilleurs d’ondes, rien n’a changé depuis des siècles. C’est un moment de la vie d’une institution pyramidale, qui n’a rien de démocratique. On ne peut d’ailleurs pas reprocher à une église, c’est à dire à une institution censée délivrer un message divin de ne pas tout à fait fonctionner comme la primaire ouverte du parti socialiste…

Mais il y a quand même des idées, l’Eglise porte un message !

Bien sûr mais ce message n’est pas débattu. On n’en dit rien. Le message a l’air secondaire parce qu’il n’y a pas de campagne, ni de candidats d’ailleurs. Mais le résultat, c’est un grand paradoxe. Le prestige du décorum, le faste du rite, la solennité des processus accompagnant ce qui reste un choix (certes avec le concours de l’Esprit-saint mais j’imagine que ça n’empêche pas de réfléchir)… un choix entre plusieurs solutions, plusieurs options…et pourtant… nous ne sommes témoins d’aucune confrontation d’idées. On aurait pu entendre les catholiques –sinon débattre- au moins exposer leur souhait sur ce que doit être le prochain pape, comment l’Eglise doit évoluer (ou ne pas évoluer d’ailleurs, pourquoi pas !) Mais rien. Avez-vous compris quelque chose à ce que souhaite par exemple Monseigneur Barbarin qui est interviewé par toutes les télés ? Il s’exprime avec une sorte de componction cool pour ne rien dire ! Il veut un pape polyglotte, ni trop vieux ni trop jeune, d’accord. Il se borne à trouver qu’il faudrait un pape diffèrent de Benoît XVI, « qui était très bien »… tout comme d’ailleurs Jean-Paul II, « qui était très diffèrent mais super aussi » ! Quid des femmes dans l’Eglise ? Quid du message social du catholicisme ? On pourrait se contenter d’observer le beau cérémonial mais il se trouve que l’église, même déclinante, garde une énorme influence sur près d’un milliard de chrétiens et que son message, même si l’on n’est pas croyant, nous intéresse. Si l’on est croyant ce n’est pas en suivant ce que disent les cardinaux en ce moment que l’on sera beaucoup plus avancé sur les courants qui traversent l’Eglise. On se contente de constater que tel papabile est plutôt très conservateur alors que tel autre est plutôt très, très conservateur…Bon… Finalement à écouter nos confrères, correspondants au Vatican, on a l’impression d’avoir à faire aux Kremlinologues de l’URSS, ces spécialistes qui tentaient de nous éclairer sur les jeux d’influences obscurs, sur des débats qui, de toute façon, n’étaient pas faits pour nous, au sein du monde faussement immobile qu’était le Kremlin… dentelles et surplis en moins.

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