Ce matin le mot « diabolisation ». Une vaste tromperie, dites-vous !

Oui, le FN a réussi à imposer ce terme s’agissant du traitement qui lui est réservé. Mais en réalité il ne s’agit pas de « diabolisation »… du moins au sens où l’on entend généralement ce mot. Qu’est-ce que l’action de diaboliser ? Prenons ce qu’en dit Wikipedia… pour nous approcher de l’acception la plus commune : « La diabolisation est un procédé consistant à donner une forte connotation négative à une idée, un groupe ou un individu, de sorte que sa seule évocation suscite une réaction de rejet ». Mais s’agissant du FN, on a tendance à qualifier de « diabolisation » le simple fait de le montrer tel qu’il est ! Je vais faire mon ancien combattant et vous parler de l’époque où j’étais, pour une autre radio (amie et luxembourgoise) chargé de suivre les activités du FN. C’était au début des années 90. Vous savez de quoi je parle Patrick, vous m’avez succédé à ce poste pour cette même radio. A l’époque, lorsque l’on couvrait la fête annuelle du Parti, la regrettée fête des Bleu-blanc-rouge, on y trouvait toute une littérature négationniste, pétainiste, catholique intégriste... On trouvait des breloques fascistes, des insignes de groupuscules d’ultra-droite… on n’était clairement pas dans une kermesse de gentils républicains. On racontait et montrait tout ça… les reportages étaient donc explicites et émaillés de déclarations toujours limites de Jean-Marie Le Pen. Tout sentait l’anti sémitisme, et la xénophobie. Et c’est là que les responsables du FN nous accusaient de les diaboliser. C’est-à-dire de tronquer la réalité pour noircir leur image. On ne trouve plus cette littérature aux fêtes du FN, la devanture a été nettoyée.

Mais les commentateurs et les politiques ont commencé à dénoncer, eux aussi, une ‘diabolisation’ du FN.

Oui parce que c’est vrai que le fait de décrire le FN tel qu’il était, c’est-à-dire un parti d’extrême droite dans la plus pure tradition raciste, ne l’affaiblissait pas. Au contraire, l’indignation que suscitait à gauche ou dans les milieux intellectuels ces révélations, renforçait l’efficacité de la stratégie antisystème et pestiférée du FN. Du coup, décrire le FN tel qu’il était n’était pas efficace pour le combattre. Ça semblait, en outre, stigmatiser aussi ses électeurs, qui ne pouvaient quand même pas être tous des fachos ! Mais le rôle des journalistes est bien de dire ce qu’est le FN, avant de se demander ce qui peut lui nuire ou l’avantager ! Quand on reprend le terme « diaboliser », on laisse croire que ceux qui couvrent le FN le couvrent à charge. Mais chercher s’il y a des indices de racisme ou de fascisme n’est pas un travail à charge… Ne pas les chercher serait, (et est) en revanche un travail de complaisance et même de désinformation. Aujourd’hui, détecter les candidats FN aux départementales qui tiennent des propos racistes comme le fait très bien le site L’entente.net, ce n’est pas diaboliser le FN, c’est le décrire. En fait, toute la problématique du mot « diaboliser » se trouve dans la controverse ouverte par Marine le Pen sur le terme « extrême-droite ». En continuant à qualifier ce parti d’ « extrême-droite », on le diabolise, dit le FN. Mais d’un point de vue purement journalistique, on ne fait que le situer par rapport à la réalité de ses idées et de son programme.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.