La présidentielle et la logique du duel…

Oui, notre mode d’élection présidentielle impose un duel avant même le 1ertour. C’est la mécanique des deux tours avec deux qualifiés. Généralement il n’y a pas de suspense, on connaît à l’avance les finalistes. Seule 2002 a créé la surprise. En 1995 il y a eu un suspense jusque mi-février pour le candidat de droite. C’était entre Jacques Chirac et Edouard Balladur, mais on savait, au moins, que le duel final serait entre la droite et la gauche… ce fut le cas. Donc, d’ordinaire la campagne du 1ertour c’est d’abord un duel pour arriver en tête et bénéficier de la plus forte dynamique en vue du 2nd tour, alors que d’autres candidats se mesurent pour être force d’appoint, éventuellement faiseurs de roi, et préparer, dans les meilleures conditions, les législatives ou juste s’offrir une tribune de quelques semaines. Particulière a bien des égards, la présidentielle que nous vivons l’est aussi parce que l’évidence du duel tarde à se dessiner. Celui qui se profile quand même (mais soyons prudent à un mois et 1/2 du 1er tour) opposerait Emmanuel Macron et Marine Le Pen. 1er duel d’où seraient exclu ET les socialistes ET la droite parlementaire.

Est-ce annonciateur d’une nouvelle ère ? La fameuse recomposition dont on parle depuis si longtemps ?

Peut-être mais si recomposition il y a, le paradoxe c’est que la politique, l’idéologie n’est sans doute pas le 1er facteur qui conduit à ce duel inédit. Il s’en est fallu de peu pour que mai 2017 voit encore l’affrontement de la droite et de la gauche. François Fillon victorieux spectaculaire d’une primaire réussie ne décolle pas de son socle aussi solide qu’insuffisant. Est-ce dû à son programme ? Plus probablement aux affaires qui –jusqu’ici au moins- le rendent peu audible. Ce n’est donc pas un fait politique qui entrave la droite. De même à gauche. Il s’est passé quelque chose de porteur de renouveau : Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont opéré la transition écologiste de la gauche dans son ensemble. Cette nouvelle voie, ce nouveau terrain commun, qui, assurément est l’avenir de leur camp, aurait dû les conduire à s’unir, à trouver une solution à la hauteur de la dimension historique de cette mue. Mais non ! Ils ont tué cet espoir en le coupant en deux, en refusant de s’entendre. La droite conservatrice de François Fillon –sans les affaires- aurait très bien pu capter une partie de l’angoisse identitaire qui nourrit le FN, la gauche idéologiquement renouvelée –sans les égos- aurait très bien pu redonner un horizon social à une partie au moins de ceux qui préfèrent le chercher au FN. Ils auraient aussi représenté une forme de renouvellement qui aurait entravé la dynamique Macron. Il n’en fut rien et les candidats de la droite et de la gauche en sont les 1er responsables. Les turpitudes de l’un, les divisions des autres (plus qu’une évolution purement politique) est en train de laisser place à un duel Macron/LePen, duel du dépassement droite/gauche qui a d’ailleurs sa cohérence, entre deux visions (ouverte/fermée) de la mondialisation et de la France, qui permettra sans doute de barrer, cette fois-ci, la route à Marine Le Pen seulement, qui installera, de fait, le FN, non plus à la marge mais comme l’une des deux branches de la re-bipolarisation du paysage politique.

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