Marine le Pen veut donc conclure des alliances dans le futur… est-ce réaliste ?

Tout dépend de ce que l’on entend par « alliance »… Le nouveau clivage que veulent imposer conjointement LREM et le FN à la politique française, c’est-à-dire nationalistes-souverainistes contre sociaux-libéraux, en lieu et place du classique clivage gauche/droite, ne permet plus d’envisager (dans ces nouveaux camps) des alliances du type PS/PC à gauche ou UDF/RPR  à droite. Dans ces deux cas, ces partis s’alliaient parce qu’ils se complétaient, ils couvraient la quasi-totalité de leurs champs politiques respectifs. Ils avaient aussi, bien sûr, des velléités hégémoniques. Le PS a fini par étouffer le PC grâce au sens stratégique de François Mitterrand et surtout grâce au vent de l’histoire. Et le RPR a eu raison de l’UDF en l’ingérant dans l’UMP, parti unique, largement dominé par les caciques néogaullistes. 

Mais ces alliances, plus ou moins sincères, ont tout de même, pendant quelques décennies, permis à la gauche et à la droite de se succéder au pouvoir... Aujourd’hui, Marine Le Pen parle d’alliance mais personne ne voit avec qui elle pourrait s’allier à part quelques satellites sans poids comme le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Si le nouveau clivage doit être (pour reprendre ses mots) les «nationaux» (elle ne dit pas les nationalistes… le nationalisme, c’est la guerre) donc les «nationaux» contre les «mondialistes» ou pire les «nomadistes»… alors il faut que ses futurs partenaires soient des nationaux ! Mais il n’y a pas de place pour deux partis dans ce genre de camp. En fait, quand Marine Le Pen parle d’alliance, il faut entendre prédation, captation. L’alliance de la boule et de la quille… et, on l’a compris, elle ne compte pas être la quille.

A LR, d’ailleurs, on continue à dire qu’il est hors de question de s’allier avec le FN…

Laurent Wauquiez ne veut pas d’alliances, il veut détruire le FN, le saigner de ses électeurs. Avec sa stratégie trumpienne, son discours outrancier antisystème, identitaire, il compte récupérer tous les angoissés et laissés pour compte de la mondialisation, au moins ceux de droite. Le peuple en colère, attaché au monde qui s’en va, doit choisir entre la forme à peine policée de la révolution conservatrice, Laurent Wauquiez, et Marine Le Pen, la forme plus radicale mais plus anxiogène pour un électorat âgé. Nous ne sommes donc pas du tout dans l’idée de la complémentarité UDF/RPR ou PS/PC. Quand Marine Le Pen parle d’alliance, elle ne fait, en réalité, que s’adresser aux électeurs conservateurs bon teint  de LR, pour leur dire qu’elle ne les rejette pas. Oublions donc cette idée d’alliance… Entre Marine Le Pen et Laurent Wauquiez, ce sera (tout en disant à peu près la même chose) la guerre sans merci. Qui sera la quille, qui sera la boule ? Il y aura à la fin un gagnant et un perdant… A moins qu’il y ait deux perdants et que Marion Maréchal-Le Pen vienne, dans quelques années, s’installer, indemne et neuve, sur les décombres de leurs batailles de chiffonniers.

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