Semaine sociale difficile pour Nicolas Sarkozy avec la grève dure sur les régimes spéciaux qui commence ce soir. Au pied du mur. C'est bien une position qu'affectionne Nicolas Sarkozy, par tempérament, par calcul politique aussi. Le chef de l'Etat, on le sait, a fait de sa personnalité volontariste, énergique, parfois brutale - on l'a vu dans le face à face surréaliste avec les marins pécheurs - de cette personnalité tranchée son arme de conquête et d'exercice du pouvoir. Il entame aujourd'hui un mano à mano avec l'opinion, via ce conflit sur les régimes spéciaux qui s'annonce difficile. Une sorte de quitte ou double comme l'évoquent déjà les conseillers de l'Elysée. « Ne pas pouvoir réformer les régimes spéciaux signifierait ne pas pouvoir réformer le pays. » Cqfd, faites passer le message. Une stratégie de dramatisation parfaitement réfléchie, car sur le papier, le président de la république ne prend pas beaucoup de risque sur CE dossier précis. L'opinion est encore largement favorable à la réforme des régimes spéciaux. Les usagers de novembre 2007 ne sont pas - pas encore - ceux de décembre 95, ce conflit soutenu par les francais, qui avait conduit à l'affaissement du gouvernement Juppé et, par extension, à la dissolution de 97. L'opposition, qui commence à sortir de son coma, ne parvient pourtant pas à trouver le bon tempo, la bonne réplique politique à la stratégie « boute feu » sarkozyste. Elle monte au front en désordre de bataille. L'occupation du terrain médiatique, les signes d'encouragement donnés hier de chef d'Etat à chef d'Etat par Angela Merkel à Nicolas Sarkozy, l'image que commence à vendre la communication de l'Elysée, celle d'un président attentif qui ne cèdera rien mais écoutera, main de fer dans un gant de velours. Tout cela doit contribuer à conforter l'autorité de Nicolas Sarkozy et valider sa méthode : l'hyper présidence. Mais c’est un jeu risqué. D'abord parce qu'on ne sait jamais comment se développent, s'organisent et s'aggrègent les conflits. Ce soir , les régimes spéciaux, la semaine prochaine la fonction publique, peut-être les transports routiers et les étudiants en ébullition. Tout cela dit, au-delà des revendications réelles, l'état d'esprit d'un pays, une forme de désenchantement qu'on commence à percevoir au fil de ces points perdus chaque semaine par le chef de l'état dans les sondages. Car c'est bien le danger qui menace Nicolas Sarkozy. Lorsqu'on veut être responsable de tout, on est comptable de tout. Mais contrairement à Margaret Thatcher, à laquelle on le compare un peu hâtivement, le chef de l'Etat ne semble pas encore prêt à prendre le risque de l'impopularité là ou l'ancienne dirigeante brittanique bravait, contre vents et marées, l'opinion. Et puis il y a ce "je ne sais quoi " qui infuse une sorte de malaise face à ce comportement élyséen. Les français l'ont largement élu pour cette cohérence entre sa personnalité, son programme, sa méthode et ses promesses. Aujourd'hui, le pouvoir d'achat est en berne, comme la croissance, comme le moral des ménages. Et ça n'est pas le cote bravache du toréro qui descend perpétuellement dans l'arène, ça n'est pas ce simple changement de style qui peut faire remonter l'ascenseur pour le moment bloqué entre les étages. La chance de Sarkozy, c'est encore une forme de bienveillance de ses électeurs qui ne veulent pas se dédire de leur vote massif du 6 Mai. C'est aussi le manque d'offre politique, de solutions construite d'une opposition encore en travaux. C'est une chance mais c'est aussi une forme de poison, comme une illusion qui peut vous faire croire que gagner la bataille du rail, c'est gagner la guerre de la réforme. Une chronique de Françoise Degois .

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