Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy se verra attribuer le prix du courage politique par la revue "Politique Internationale". La revue "Politique Internationale" est dirigée par un ancien conseiller du ministère de la Défense du gouvernement Balladur et il est aussi conseiller éditorial du « Figaro ». Juste pour situer donc, Nicolas Sarkozy est l’homme politique le plus courageux au monde (parmi les précédents lauréats on trouve l’ancien président égyptien Sadate ou Jean-Paul II) - alors ça donne envie de s’interroger sur la notion de courage en politique ! Le courage politique selon Clemenceau c’est de « savoir ce que l’on veut, de le dire clairement et de mettre l’énergie qu’il faut pour le faire ». C’est vrai qu’on reconnaît un aspect de la façon de faire de la politique de Nicolas Sarkozy. Il sait ce qu’il veut et le dit clairement. Après, le fait-il ? En politique étrangère on peut juger courageuse sa tentative de médiation entre la Géorgie et la Russie par exemple. Elle aurait pu se solder par un échec qui aurait classé Nicolas Sarkozy comme un agité imprudent. Mais si l’on reprend le triptyque de Clemenceau, il faut alors se reporter à la campagne présidentielle. Les deux ruptures que proposait courageusement le candidat étaient d’en finir avec la politique néocoloniale dite de la Françafrique et de mettre les droits de l’homme comme vertu cardinale de notre politique extérieure. La politique de réforme de la Françafique a été abandonnée dès les premiers coups de fils de riches potentats africains et les épisodes de la réception de Kadhafi à Paris et de l’attitude de la France vis-à-vis du Dalaï Lama pendant les jeux de Pékin ont achevé la seconde ambition. Prenons l’exemple de l’actualité : Nicolas Sarkozy a nommé hier un préfet d’origine africaine - ce qui est présenté comme du courage politique. C’est vrai que si l’on peut affirmer que c’est par manque d’audace que la gauche au pouvoir entre 97 et 2002 n’a rien fait en ce sens, est-ce par courage que Nicolas Sarkozy l’a fait ? Que risquait-il ? Sinon d’être critiqué par des racistes. Le courage politique n’est pas tant de nommer Fadella Amara, secrétaire d’Etat chargé des banlieues, que de donner les moyens à ce ministère de réaliser les promesses courageuses du candidat courageux ! Or, le rapport de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine dévoilé hier par "Le Monde" montre que les crédits promis aux politiques de la ville ne sont pas au rendez-vous. Le courage politique, est-ce de nommer Rama Yade aux Droits de l’Homme quand on est le premier à féliciter Vladimir Poutine pour sa réélection ? Malgré tout, le Président mérite déjà le prix de l’audace et du culot politique. Et c’est vrai que dans le passé, il a surmonté des périodes de disgrâce. Après l’élection de Jacques Chirac, il était considéré comme un traitre au sein du RPR et pourtant, il affrontait les salles de militants souvent sous les hués. On peut déjà lui reconnaître ce courage politicien. En revanche, cette façon de dévorer des sondages quantitatifs et qualitatifs effectués secrètement et à grands frais et comme jamais à l’Elysée, cette façon d’adapter son discours avec des spécialistes de la pub’ et de la communication, cette obsession de la popularité, cette débauche de moyens mis en œuvre pour la soutenir ne font pas bon ménage avec la conception gaullienne du courage politique. Il y a cependant une maxime sur le courage que les conseillers en communication de l’Elysée ont dû méditer, c’est celle de Fénelon qui dit « il ne faut surtout pas que le courage de celui qui commande aux autres puisse être douteux ». De là à dire que le prix décerné par la courageuse revue "Politique Internationale" fait partie d’un plan de communication. Il y a un pas, qu’en tant que courageux éditorialiste je vous laisserai franchir seul !

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