Charles Pasqua déballe tout ! Oui et on assiste surtout à un relâchement total de la parole politique, de ses codes, de ses us et coutumes avec une surenchère de mises en scène spectaculaires. C’était vrai hier avec cet exercice à mi-chemin entre Pagnol et le Parrain. Un sénateur, ancien responsable du SAC, ancien roi des Hauts-de-Seine, ancien ministre de l’Intérieur, fraîchement condamné, a traité un ancien président (par ailleurs renvoyé lui-même devant la justice) et un ancien Premier ministre (lui-même aussi sous le coup d’un procès) de lâches. En réalité ça fait 15 ans que Charles Pasqua œuvre politiquement contre ces deux anciens amis pour le compte d’abord d’Edouard Balladur, puis, pour son propre compte. Dans ce camp là, on ne sait plus qui a trahi le premier. Bref les vannes sont ouvertes, on avait eu droit aux crocs de boucher de Nicolas Sarkozy contre Villepin, puis Villepin en Mirabeau contre Sarkozy accusé de brader les valeurs de la République…et comme si tout était possible, on a eu aussi, dans le cadre du « quand les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limite » cher au Sapeur Camembert, une semaine de toutes les outrances : il y a eu l’idée la plus bête qui soit, celle d’Eric Raoult qui voudrait que les lauréats des prix littéraires s’imposent un devoir de réserve. La nuance semble avoir disparu, ces derniers temps de la pensée et du discours politique. Prenez les deux présidents des deux principaux groupes parlementaires, le groupe UMP et le groupe socialiste. Jean-François Copé a déclaré, concernant l’éventuelle commission d’enquête sur les sondages à l’Elysée qu’il la trouvait attentatoire au principe de la séparation des pouvoirs, il a dit : « La confusion des pouvoirs c’est le début de la dictature » ! Dans le même ordre d’idée, Jean-Marc Ayrault peut dire, en évoquant l’élection de 2012 et Nicolas Sarkozy : « Il doit être battu pour la survie de la République » ! Donc une commission d’enquête sur les sondages à l’Elysée serait le début de la dictature et Nicolas Sarkozy réélu ce serait la fin de la République ! D’où vient cette surenchère verbale ? On a l’impression qu’il faut forcer le trait, en ce moment, et faire peur pour retenir l’attention dans une vie politique encombrée de débats en tous genres. Les leaders de partis mais aussi la presse cèdent à la tactique de la construction de ce que l’on pourrait appeler un « enchaînement abusif ». Ça marche comme ça : Restons sur nos deux exemples de Copé et Ayrault, deux personnages plutôt responsables et d’ordinaire modérés. Demander une commission d’enquête sur les agissements du Président de la République, c’est vrai que ce n’est pas prévu dans la Constitution. C’est vrai que, du coup, ce peut être perçu comme une atteinte, assez minime, à la séparation des pouvoirs. La séparation des pouvoirs est un élément essentiel de la démocratie, donc y toucher c’est le début de la dictature. Imparable. De même, vérifions l’enchainement abusif proposé par Jean-Marc Ayrault : Nicolas Sarkozy concentre les pouvoirs à l’Elysée. C’est une atteinte à la séparation des pouvoirs donc le réélire serait la fin de la République. Ces deux phrases procèdent de la même logique du « qui vole un œuf vole un bœuf, qui vole un bœuf braque une banque etcetera » alors autant condamner tout de suite celui qui vole un œuf à la peine prévue pour le casse du siècle ! La presse succombe parfois aussi à ce besoin d’outrance pour se distinguer : Le summum a quand même été atteint par nos confrères et amis de « Marianne », qui, à propos de l’affaire Jean Sarkozy avaient titré… « La République abolie ». Rien que ça ! En ce moment on devrait tous relire un peu Verlaine : « Car nous voulons la Nuance encore, pas la Couleur, rien que la nuance! »…

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