Cet après midi, c’est la première conférence de presse de François Hollande… et vous avez une question pour lui.

Oui, il paraît qu’on sera près de 400 journalistes ! La conférence va durer 90 minutes. A raison d’une moyenne de 4 minutes 30 / 5 minutes par réponse, combien ai-je de chances de poser une question ? Réponse… 1 sur 20 ! Donc, ma question je vais la poser maintenant, c’est plus sûr ! On ne sait jamais : peut-être que François Hollande nous écoute… Monsieur le Président : ne regrettez-vous pas d’avoir affirmé (ou laissé affirmer par votre Premier ministre) que jamais sous cette mandature, il n’y aurait de hausse de TVA ? Ne regrettez-vous pas d’avoir affirmé que jamais, vous ne soumettriez au Parlement le traité européen non renégocié ? Et fort de cette expérience d’affirmations démenties par les faits, comptez-vous vraiment continuer affirmer que la croissance sera de 0,8%, que la courbe du chômage s’inversera l’année prochaine et que les 3% de déficit seront atteints en 2013 ? Tous pronostics sur lesquels, aucun de vos ministres, ni vous-même, ne parieraient sa fortune. Vous l’aurez compris derrière ces interrogations, se cache en fait une requête : pourrait-on, dans le débat politique, cesser de faire assaut de volontarisme purement verbal et abusivement chiffré et accepter de se fixer des objectifs qui ne soient pas des promesses ?

Pourtant cette conférence de presse est censée donner un cap, une perspective de sortie de crise… ça passe bien par des chiffres…

Oui, la baisse du chômage et le retour de la croissance ce sont aussi des chiffres mais ce que l’on attend (et d’ailleurs c’est ce que veut faire le Président cet après-midi) c’est de connaître l’objectif politique, la réalité de l’effort qui sera consenti. Si cette clarification est encore nécessaire, six mois après l’élection c’est bien que pour l’instant les discours et les actes n’ont pas été très raccords. La meilleure façon de rassurer les Français c’est d’afficher une cohérence entre le « dire et le faire ». Tout le monde a maintenant compris, après six mois sur le registre de l’affirmation volontariste immédiatement contrariée (plus un quinquennat sarkozien de buts jamais atteints et toujours réaffirmés de façon péremptoire) tout le monde a compris que toute prévision chiffrée, tout engagement très assuré et précis sur des perspectives économiques datées et optimistes, relèvent de ce que les Américains appellent du « wishfull thinking », ou de la méthode Coué. Alors la méthode Coué en politique n’est pas inutile. C’est en tentant d’enfoncer dans le crâne de la population qu’il ne faut pas désespérer, qu’il faut continuer à consommer et à investir, que les responsables politiques pensent aussi à créer quelques miettes de croissance. Mais compter à outrance sur l’efficacité des prophéties auto-réalisatrices, c’est une preuve de désarroi des politiques qui ne peuvent avouer qu’ils n’ont plus vraiment les manettes. Dès lors on est en droit de demander à ceux qui nous dirigent de bien délimiter le périmètre de ce qu’ils peuvent ou veulent faire plutôt que de sans cesse surestimer leur pouvoir pour nous rassurer. En fait, il s’agit tout simplement de ne pas nous mentir ou de ne pas se mentir à eux-mêmes sur la réalité de leur pouvoir. Toute la difficulté de la tâche de François Hollande cet après-midi sera là : donner un cap, clairement, mais ne pas nous berner sur la taille des rames pour l’atteindre.

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