Un changement de Premier ministre peut-il changer la situation politique de François Hollande ?

A vrai dire, on ne peut pas le savoir parce que ce serait une première dans le cadre d’un quinquennat. Le cas du quinquennat de Jacques Chirac est un peu particulier puisque c’était son deuxième mandat. La fonction de premier ministre fusible, chef de la majorité que nous avons connu pendant les septennats depuis 1962 est-elle toujours valable ? Faire sauter ce fusible peut-il toujours arranger les affaires du Président ? Pas si sûr… Nicolas Sarkozy a gardé son premier ministre pendant tout son mandat. Il avait hésité en 2010 et en 2011 à le remplacer. Le problème stratégique auquel était confronté Nicolas Sarkozy est le même que celui de François Hollande. Le Président est aussi impopulaire, si non plus, que le Premier ministre. A quoi servirait-il de changer celui qui, dans le cadre du quinquennat apparaît comme un « collaborateur », pour reprendre le mot de l’ancien président. Quand François Mitterrand ou Jacques Chirac se débarrassaient de leur premier ministre, ceux-ci étaient, généralement essorés… minés par une impopularité tout à fait explicable par le fait qu’ils assumaient, en première ligne, la politique de la majorité. On changeait de premier ministre comme on change d’amortisseurs… Avec Nicolas Sarkozy, nous avons eu ce que l’on a appelé un hyper président et que nous aurions peut-être dû appeler finalement un « hyper premier ministre ». Mais justement François Hollande affirmait, pendant sa campagne (souvenez-vous, l’anaphore « moi président ») vouloir redonner au Premier ministre son rôle d’antan, pour redonner au président plus de hauteur. Eh bien c’est raté !

En fait, ce que l’on attribuait à la personnalité de Nicolas Sarkozy était aussi dû à la nature du quinquennat !

Oui, et surtout à l’irrémédiable accélération de la vie politique, au zapping du débat public, à l’actualité en continu qu’imposent les chaînes info et les réseaux sociaux. L’exécutif et le Président sont placés dans une essoreuse infernale. Et c’est très compliqué pour le chef de l’Etat de prendre une hauteur olympienne et d’être arbitral, de laisser son premier ministre aux fourneaux. Il faut dire – mais est-ce un hasard ?- qu’avec François Fillon et Jean-Marc Ayrault nous n’avons pas vraiment à faire à de grands leaders charismatiques. Changer de Premier ministre sans changer de politique n’aurait qu’un effet cosmétique et très provisoire. Les remaniements ministériels d’ajustements, les changements de ministres, ici ou là, peuvent avoir leur utilité pour assurer la bonne marche de la majorité mais pas un changement de premier ministre. En revanche, il y a un remaniement auquel le président serait bien inspiré de réfléchir… celui de l’affichage de ses convictions et de ses déterminations… Que l’on sache ce qu’il pense réellement de l’écotaxe, des sujets qui traversent l’actualité (sans tomber dans un excès de parole, ni dans le commentaire permanent), voilà qui ce serait sans doute de nature à mieux baliser un chemin qui n’a pas fini d’être tortueux et accidenté. François Hollande peut-il retrouver une autorité acceptable ? Il sait que sa politique est douloureuse… S’il veut la poursuivre, préfère-t-il donner l’image du courage ou du cynisme ? Le discours churchillien « du sang et des larmes » qu’il refuse depuis un an et demi va devenir le seul possible. Mais ce genre de discours passe mieux avant la bataille qu’en pleine mêlée… Bref, s’il est certain que sa politique est la bonne, le seul remaniement utile pour François Hollande c’est un remaniement de lui-même !

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.