La proposition de M.Valls de fusionner les listes LR et PS entre les deux tours, en cas de menace FN aux régionales, passe très mal à droite comme à gauche.

Oui, parce que ce n’est pas une proposition effective. Elle nuit donc à la campagne. Elle ne sera pas appliquée, c’est tout simplement impossible. Rappelons la règle : une liste pouvant se maintenir, c’est-à-dire ayant obtenu plus de 10%, peut fusionner avec une liste ayant réalisé au moins 5%. Pour cela, il faut que les têtes de liste de chaque département (oui, parce que les régionales ont ceci de logique qu’elles sont organisées en listes départementales) ! donc chaque tête de liste LR des départements composant la région devrait s’entendre avec son homologue PS et négocier le nombre et l’ordre des candidats socialistes à intégrer et donc établir aussi la liste des candidats LR à exclure… imaginez ! Négocier le partage du financement du reste de la campagne, négocier le contenu du message de l’entre-deux tours. Quels tracts ? Quelles affiches ? Qui intervient dans les médias ? Pour dire quoi ? Tout ça entre le lundi matin, lendemain du premier tour (au mieux, parce qu’une décision de fusion suppose quand même la réunion d’instances dirigeantes des partis concernés), donc entre lundi midi disons et mardi 18heures, dernière limite pour déposer les listes en préfecture…en fait avant mardi midi parce que les imprimeurs ont besoin d’avoir les listes et les slogans à ce moment-là, pour que le matériel de campagne soit prêt à temps. C’est donc proprement infaisable. Mais surtout personne n’en veut, à part M.Valls et Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, mais lui, de toute façon, n’en aura pas besoin pour se faire réélire. Donc, on le voit, pour qu’il y ait fusion (comme ça se fait à gauche et d’ailleurs presque toujours dans la douleur), encore aurait-il fallu un accord de principe, négocié en amont. Ça n’a bien sûr pas été le cas.

On s’interroge beaucoup en ce moment sur la pertinence du clivage gauche/droite. M.Valls, lui, donne le coup de grâce avec cette idée de fusion !

Oui, et le fait que la fusion de listes soit inapplicable démontre par l’absurde que les institutions, et nos habitudes, continuent à séparer artificiellement des personnalités qui au fond sont assez proches. Qu’est-ce qui sépare un Macron, un Valls, d’un centriste modéré de droite ? Pas grand-chose. Beaucoup moins, en tout cas, qu’un Valls et qu'un Mélenchon dont les partis ont des listes qui, elles, devraient fusionner ! Le problème, c’est que ni les socialistes modérés, ni les centristes de droite n’ont été élus pour s’entendre. M.Valls a fait 5% à la primaire de la gauche en 2011, et avant de devenir ministre, personne ne connaissait E.Macron. Gauche et droite modérées, à elles deux, représentent encore une large majorité de nos concitoyens. Elles passent pourtant leur temps à outrer leurs petites différences pour complaire à nos schémas mentaux binaires, à l’image de nos institutions. Il est toujours utile de dénoncer, comme le fait Valls, un faux semblant pour casser justement ces schémas mentaux…mais si les institutions ne permettent pas d’en sortir vraiment, le seul gagnant, à court terme, ne peut être que celui qui propose de renverser la table. Aujourd’hui c’est le FN.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.