Ce matin, la France de l’après 13 novembre 2015

La société française n’a pas craqué… elle n’a pas sombré dans ce que l’on aurait pu craindre avec cette série d’attentats aussi meurtriers que symboliques. Les spécialistes de la psychologie des masses trouveront sans doute à redire à cette affirmation mais on aurait pu craindre d’abord une paranoïa collective. Les terroristes et leurs inspirateurs voulaient assurément que nous nous terrions,  que nous nous divisions, au-delà de nos débats et disputes habituels. Mais non, les Français ont continué à vivre, à fréquenter les terrasses de café, les salles de spectacles, les rencontres sportives et à s’écharper sur la composition d’une équipe de France, l’attribution d’un prix littéraire ou la définition de la laïcité. Bien sûr, ils ont été (et restent) choqués, meurtris, en même temps ils savent confusément que 250 morts c’est révoltant, inédit, insupportable mais peu, au regard de notre population. Le risque «0» n’existe pas, nous répètent, à juste titre, les ministres de l’Intérieur successifs. Cette vérité est acceptée et intégrée. Nous savons maintenant que, s’il faut mener ce combat contre le terrorisme, ses causes religieuses, internationales mais aussi (sans les surestimer) sociales, son caractère low cost, font que nous devons vivre avec pour longtemps. Et, bon an, mal an, nous vivons avec. Le fameux amalgame entre terroristes et musulmans, que veut provoquer Daech pour instiller la guerre civile, n’a pas marché. Il n’y a pas eu de violences contre des musulmans en représailles, comme l’espéraient (et l’avaient  théorisé) les chefs terroristes. Au contraire, avec l’exemple historique de la manifestation du 11 janvier, 4 millions de marcheurs pour refuser la peur et la division, restera, de par sa nature même, l’image de la cohésion et du sang froid des Français dans cette épreuve. Même si la France s’est montrée plutôt fermée à l’accueil des réfugiés, les centaines de centres d’accueil, répartis à travers le pays sont, après quelques craintes, bien acceptés par la population. 

Les attentats n’ont pas non plus déstabilisé la politique française ni la campagne électorale...

Non, on pouvait craindre que la question identitaire, porteuse de fractures, soit au cœur de la campagne. Il n’en fut rien. Les débats ont surtout tourné autour de notre modèle économique et social. Les 2 surprises de cette élection, En Marche et la France insoumise, ont animé cette période sans céder aux peurs liées au terrorisme. Nos débats de société, par exemple sur la laïcité et sur l’immigration, sont durs, frontaux, à cran même, mais cette violence tribunicienne et intellectuelle est un trait particulier du caractère national et nous n’avons pas attendu d’être attaqués par des terroristes pour nous écharper par tribunes interposées sur ces sujets et tant d’autres. Le seul point faible de notre réaction (mais il s’agit de la responsabilité des gouvernants plus que de la société) c’est peut-être d’avoir pérennisé une partie de l’état d’urgence, tordu le droit et ainsi réduit le champ des libertés publiques sous la pression des évènements. Mais globalement, et ce devrait être un motif de fierté, la société française s’est montrée solide sur ses bases et n’est pas prête à se diviser plus que ce qu’une vie démocratique animée comme la nôtre l’exige.

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