Les gilets jaunes préparent la journée du 17 novembre.

Le mouvement des Gilets Jaunes
Le mouvement des Gilets Jaunes © AFP / PHILIPPE HUGUEN

Parcourir leurs forums de discussions suffit à comprendre que le gouvernement ne peut rien répondre de satisfaisant à ce mouvement, symptôme de colère, de ras-le-bol général et de sentiment de déclassement. 

Les revendications dépassent de loin le sujet du prix de l’essence (qui d’ailleurs baisse à nouveau). Y chercher une cohérence est peine  perdue. La représentante des Gilets Jaunes du Val d’Oise, par exemple, développait tout un tas de revendications à la fois écologistes, anti -taxes et très sociales. Elle voulait l’augmentation des prestations en tout genre et la diminution des impôts. D’autres discours fleurent bon l’anti-tout d’extrême-droite. 

Mais si l’on ose critiquer ces propos qui ont été discutés sur les réseaux sociaux, surtout pas soumis à un vote, "Nous ne sommes pas des partis politiques" disent-ils. Si l’on remarque que l’on ne voit pas ce que le gouvernement peut répondre (et à qui !), on se voit taxer  immanquablement de membres du système ou de citadins hors-sol. On peut à loisir, sans risque d’être impopulaire, taper alternativement sur tous les partis d’opposition et sur le gouvernement mais dire que les gilets jaunes sont inconséquents et anti-démocratiques, c’est être forcément déconnecté. 

Donc tous les partis tentent d’accompagner (ou plutôt de suivre) avec force contorsions, ce mouvement nébuleux et multidirectionnel.

Les Gilets jaunes sont-ils une manifestation de plus de la crise de la représentation politique ?

Oui, une crise, que les nouveaux partis, instruments de la vague dégagiste (EM, La France Insoumise et le Rassemblement National) n’ont donc pas réglée : le rôle de l’opposition est de relayer le mécontentement, mais en l’organisant

Les partis doivent s’imprégner des aspirations de la société puis faire le tri entre les priorités, l’essentiel et l’accessoire, articuler le souhaitable, proposer le possible, tout en tendant vers un idéal. 

Même les partis protestataires hiérarchisent leurs protestations autour d’une histoire commune et de valeurs partagées et d’un but plus ou moins défini. Ce processus n’est, semble-il, plus accepté. Les gilets jaunes (sans d’ailleurs que l’on sache combien ils sont et à quel point ils sont engagés) ne remplissent aucun de ces exigences de base pour que la démocratie soit viable. 

L’autre raté est celui du président. Ce mouvement est le signe (même avec son incohérence) d’une volonté farouche de la population de prendre part aux décisions, d’y être associé ou au moins d’avoir le sentiment que les grands choix  s’opèrent à partir de la base. C’était d’ailleurs l’une des promesses d’Emmanuel Macron : la confiance dans les territoires, dans les acteurs de terrains. La stricte verticalité du début de mandat a contredit cette idée. Quand – comme l’a fait le président, c’est vrai pour répondre à une demande d’autorité et d’efficacité- quand on fait fi des corps intermédiaires (syndicats, partis,  associations, collectivités locales) c’est-à-dire de toutes ces instances qui font vivre la démocratie, au jour le jour, qui organisent la remontée des aspirations, on se retrouve avec la matière première de  la colère populaire, protéiforme, contradictoire... illisible, bref impraticable pour les gouvernants. Nous y sommes.

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