La crise financière met le monde politique devant un immense chantier. Les idéologies sont à revoir. C’est pendant la crise qu’il faut penser à l’après crise. Penser à des solutions inédites imaginées par des responsables qui devront oublier un peu leurs idéologies d’origine. Voir les plus libéraux implorer l’intervention de l’Etat donne à la vie politique d’aujourd’hui un petit côté année zéro. D’abord, on constate en direct la mort de ce que l’on a appelé de façon impropre le néolibéralisme. Une politique de dérégulation et de désengagement de l’Etat conceptualisée par Milton Friedmann et l’école de Chicago, mise en œuvre par Margaret Thatcher et Ronald Reagan au début des années 80’. Une politique qui a influencé le monde depuis 25/30 ans. La grande force des partisans de Friedmann était d’avoir convaincu quasiment l’ensemble des décideurs occidentaux que leurs idées n’avaient rien à voir avec de la politique, que ce n’était pas une idéologie mais la simple prise en compte d’une réalité : le marché, comme un phénomène naturel autorégulé par la fameuse main invisible d’Adam Smith. Comme nous n’étions pas dans la sphère des idées, il n’y avait pas besoin de débattre. Tous ceux qui voulaient en discuter étaient des utopistes ou de dangereux suppôts d’un quelconque totalitarisme. Les mots « régulation ou contrôle » étaient assimilés aux expériences catastrophiques de planification et d’économies administrées des pays de l’Est. On entend beaucoup –aujourd’hui- un argument assez savoureux dans la bouche des anciens défenseurs d’un libéralisme économique pur : ils disent « nous ne vivons pas une crise du libéralisme mais le dévoiement du libéralisme » - ça rappelle ceux qui disaient que « l’URSS était un dévoiement du communisme ». On entre finalement dans une période où il faut tout réinventer. Si l’on prend le point de vue positif de la sortie de crise - tout est à refaire, effectivement. Alors, il y a ceux qui proclament que la crise valide leurs idées, c'est-à-dire les sociaux démocrates ou les capitalistes régulateurs à la française ; les alter mondialistes ou les écologistes qui veulent recycler la dépression en décroissance. Mais, ils découvrent aussi que leur idées ne pourront s’appliquer que dans le cadre d’une gouvernance mondiale. Non pas, bien sûr, d’un gouvernement mondial mais d’instances capables de faire respecter des règles communes. La seule période comparable à celle qui se profile, c’est l’après guerre. Le monde s’était réorganisé, politiquement et économiquement de Yalta à la création de l’ONU, en passant par les accords de Bretton Woods et les créations du FMI, de la Banque Mondiale ou de l’OMC. Les responsables politiques français sont tous conscients, quand on discute avec eux, du caractère exceptionnel de la période que nous vivons. Donc, ils vont participer à cette grande réflexion. Mais, pour l’instant, le Président et le gouvernement sont dans le temps de l’urgence - on l’a vu ce week-end - il faut trouver des solutions à la fois techniques et politiques pour éteindre l’incendie. Dans l’opposition, il se trouve que le PS est en train de se choisir un chef, ça fait un drôle de décalage avec l’actualité, et l’on se dit : « pourvu que les socialistes n’écoutent pas Malek Boutih, qui propose de repousser le congrès ». Non ! Là il faut qu’ils en finissent au plus vite, que le Parti socialiste puisse participer enfin à la grande réflexion qu’il faut ouvrir sur l’avenir !

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