Le monde politique français est à deux étages. Il y a le haut du panier qui occupe la quasi-totalité de nos commentaires, et l’immense armée, en dessous des élus locaux, des militants. Ces deniers animent le débat démocratique quotidien. Ils ont souvent de maigres indemnités ou, bien suû sont bénévoles pour les militants. Au dessus, à la tête des grands partis et de l’Etat il y a, ces temps ci, la caricature de la politique. La gauche nous a offert (elle semble en sortir un peu) une caricature d’elle-même avec son lot de tricheries, de trahisons, de divisions et de renfermement idéologique depuis l’échec de Ségolène Royal en 2007. Aujourd’hui c’est la droite qui se caricature. Du moins les élites de droite. Il y a bien sur le procès Cleastream et cette vieille tradition néo-gaulliste des cabinets noirs. Mais surtout il y a le retour d’une autre tradition caricaturale s’il en est : la droite propriétaire et héritière. Serge Dassault et Jean Sarkozy. Que l’UMP laisse faire ce que Serge Dassault et Jean Sarkozy sont en train de faire et toute l’œuvre de modernisation des concepts réellement entreprise ces dernières années sera entachée. Quel rapport entre Serges Dassault et Jean Sarkozy ?Tous deux sont, à leur façon des héritiers et se comportent en politique comme des propriétaires. On est à des années lumières de la promesse d’une république exemplaire du candidat Sarkozy. Prenons Serge Dassault. Son élection est d’abord invalidée par la justice. La justice le déclare inéligible. Il place un homme de paille (et qui se revendique comme tel) à la tête de la liste municipale à Corbeille Essonne. Cette liste l’emporte de 27 voix et le nouveau maire déclare que le vrai maire, celui qui occupera le fauteuil de Maire dans les faits, ce sera Serge Dassault ! La déontologie politique est totalement bafouée… Et personne à l’UMP n’ose dénoncer ça, tout simplement parce que Dassault est très riche, puissant, propriétaire du Figaro et patron de Dassault aviation. Serge Dassault se comporte exactement comme ces parlementaires de XIXème siècle qui achetaient littéralement leur siège et peuplaient la partie droite de l’hémicycle. L’ordre règne à l’UMP et c’est silence dans les rangs. Quand je parle du XIX éme siècle concernant Serge Dassault je parle aussi de son discours : Il faut réécouter l'hallucinante interview qu'il avait donnée ici même à Pierre Weil en 2004. Il s'insurgeait contre les chômeurs qui reçoivent de l'argent de l'Etat alors qu'ils ne veulent pas travailler, il parlait de «ces infirmières qui quittent l'hôpital à 16 heures en laissant leurs malades tout seul», il expliquait que multiplier les acquis sociaux c'est comme «élever des enfants en leur donnant des bonbons». Ou que la presse devait faire l’effort de « diffuser des idées saines »… aucun autre responsable de l’UMP ayant ce discours là n’aurait pu obtenir l’investiture de son parti. La tradition des héritiers va avec. Jean Sarkozy va se faire élire par le groupe dont il est le Président au Conseil Général à la tête de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense. Tout a été dit à ce sujet. La presse étrangère se gausse, et elle à bien raison… Il y a les deux exemples, positifs et négatifs des Mitterrand sur lesquels Jean Sarkozy devrait réfléchir. Gilbert ou Jean-Christophe. Gilbert s’est fait élire, battre, puis réélire loin du fief de son père et a fait une belle carrière de parlementaire respecté de tous. Jean-Christophe, se comportait en héritier. Il était d’ailleurs surnommé « papa-m’a-dit ». Il a sombré. Pour l’instant c’est dans la caricature que sombre le parti majoritaire. Le plus problématique dans cette affaire serait de constater qu’aucune voix n’ose s’élever au sein de la majorité, comme si l’UMP (dans ce département au moins) était devenu un astre mort.

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