Vous êtes en train de lire (c’est un pavé !) Un président ne devrait pas dire ça de Gérard Davet et Fabrice Lhomme… largement composé de verbatim de François Holland

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Oui ce livre étonnant, déjà très commenté, est parfois dérangeant. Tant de transparence finit par gêner. Nous journalistes politiques, dont le métier consiste aussi à retirer le papier peint de la communication pour dévoiler le plus possible la vérité des intentions, mettre à nu les stratégies, devrions lire ces pages avec gourmandise. C’est le cas mais en même temps, on sait que, selon le célèbre mot du général de Gaulle : « L’autorité ne va pas sans prestige, et le prestige sans l’éloignement ». Il ne s’agit pas de regretter la distance aristocratique, hautaine et opaque des présidents de la Vème République jusqu’à Jacques Chirac compris… mais simplement d’exiger une certaine hauteur arbitrale et forcément un peu distante, une part d’inconnu qui donne le sentiment que le pouvoir conféré par la volonté du peuple souverain est assuré avec impartialité et sens du service public…un minimum, ne soyons pas trop idéalistes. La nécessité de plus de transparence et d’horizontalité signifie une démocratie plus accessible à tous, avec des instruments institutionnels de contrôle du pouvoir et de participation aux décisions, pas forcément (et même pas du tout) une démocratie, dans laquelle les détenteurs des manettes de l’Etat seraient radiographiés, sans ombre et donc dépouillés de leur sur-moi présidentiel. L’accès à l’intimité privée du président, à son intimité intellectuelle et même son intimité tactique, ne constitue pas une modernisation de la démocratie… plutôt une trivialisation de l’autorité, corrosive pour la politique.

Vous pourriez dire la même chose du livre de Patrick Buisson sur Nicolas Sarkozy

Là c’est pire parce que la transparence n’est pas due à la perspicacité de journalistes curieux, parfois peut-être un peu trop connivents (7 dîners privés avec le président, ce n’est généralement pas l’image que l’on a de l’investigation), mais ne soyons pas déontologiques. Dans le cas de Buisson, nous avons la vérité brute des citations issues d’enregistrements clandestins, donc d’une trahison. Ce qui est terriblement dégradant, tant vis-à-vis du principal personnage que de l’auteur, c’est que le commentaire de ce dernier n’est que dénonciation de la petitesse de son sujet. Buisson dénonce la fin des grands hommes, la médiocrité des successeurs de nos rois depuis Mitterrand. Il la dénonce mais en même temps, il l’accentue en donnant de Nicolas Sarkozy une image pitoyable d’enfant égotique. Buisson a voulu que Sarkozy soit sa marionnette, son jouet… mais comme son subterfuge enregistreur a été dévoilé, celui dont il prétend être à l’origine du succès de 2007 devient subitement un homme sans envergure. Adepte de Kantorowicz et de la théorie des deux corps du roi (le corps physique, réel de l’homme, et le corps sacré, symbolique du monarque), nostalgique de la solennité, de la majesté du pouvoir, nécessaire selon lui à l’autorité pour présider aux destinées de la France, il la rabaisse lui-même, piétine le corps symbolique pour notre plus grand dégoût et, il faut bien l’avouer aussi, pour notre plus grand curiosité !

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