**Retour sur la fête de l’Huma qui s’est déroulée ce week-end, à La Courneuve...Oui et cette année encore, la fête de l’Huma a été un succès populaire. La fête de l’Huma reste la seule grande fête populaire en France organisée par un parti politique. Et ça ne tient pas simplement à la programmation artistique prestigieuse, ni à la force d’attraction du parti communiste français, devenu l’ombre de ce qu’il fut. Ça n’a pas grand-chose à voir, non plus, avec l’influence du journal L'Humanité, qui a suivi le PCF sur le toboggan et perdu son aura, faute de lecteurs et de moyens. Mais la fête de l’Huma bénéficie encore de ce lien très fort, établi pendant des décennies entre le monde de la culture et le mouvement communiste. Le succès indémodable de la fête de l’Huma montre aussi que, part delà le déclin d’une organisation politique qui collait intimement à l’histoire du XXème siècle, subsiste l’âme de ce que l’on appelle pompeusement le peuple de gauche. Le « peuple de gauche », en France a longtemps été représenté par le parti communiste. Le parti socialiste, plus puissantc électoralement depuis les années 80 n’a cependant jamais réussi à devenir un vrai parti de masse comme le fut le PCF après guerre. Et ce peuple de gauche se rappelle au bon souvenir du pays régulièrement. Lors de grands mouvements sociaux (comme en ce moment sur les retraites) ou lors de manifestations monstres, pour défendre ses valeurs comme entre les deux tours de la présidentielle de 2002. Donc la fête de l’Huma n’est plus une fête communiste...Non, et depuis longtemps mais le PC et le journal L'Humanité ont réussi ce miracle de transformer cet évènement en un rassemblement républicain. Et ce mot « républicain », ré-émerge en ce moment. La république, c’est en réalité le vrai ADN de la gauche française, depuis la Révolution, depuis les banquets républicains de 1848, depuis Hugo, l’affaire Dreyfus, la résistance. Pourtant ces dernières décennies, la gauche française était communiste, socialiste, trotskiste, libertaire, soixante-huitarde et se méfiait du mot « république » qui pouvait incarner la répression anti-communarde, le colonialisme ou le gaullisme finissant... D’ailleurs les partis qui s’appelaient « républicain », dans les années 70/80 étaient de droite. Et puis voilà que l’on reparle des valeurs de la république pour s’opposer à la stigmatisation des roms ou contrecarrer le risque communautariste. On reparle de la république et du programme du Conseil National de la Résistance pour défendre notre modèle social. Jean-Luc Mélenchon prononce plus souvent le mot « république » que le mot « socialisme » et Cécile Duflot a écrit, la semaine dernière une tribune dans Le Monde où elle affirme que les écologistes, longtemps enivrés par les effluves libertaires de 68, doivent retrouver le chemin de la république et de ces valeurs. En fait l’encrage républicain de la gauche français est ancien. C’est la victoire idéologique de Jean Jaurès sur Jules Guesde. Et, bien que se proclamant depuis toujours comme les héritiers de la révolution, c’est la résistance qui a définitivement imbriqué le PCF dans la république. Mais après une fin de siècle de ringardisation du mot « république » par la gauche elle-même on dirait, depuis quelques années qu'elle revient, seule survivante des idées de progrès. La fête de l’Huma (et je suis sûr que ses organisateurs en acceptent l’augure) est devenue naturellement une fête républicaine plus que communiste.**

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