L’affaire Bourgi, suite… Que fait la justice ?

Et une interrogation s’impose : pourquoi Robert Bourgi n’a-t-il pas dénoncé ses méfaits devant la justice ? Il balance à tout va, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Jean-Marie Le Pen et, bien qu’il veuille le défendre, il enfonce un peu Nicolas Sarkozy par un ricochet mal habile. Pourquoi Robert Bourgi, pris d’un remords soudain, étranglé par un sentiment de culpabilité, ne va-t-il pas, de lui-même, tout simplement devant le juge ? La justice, la démocratie et la transparence voudraient qu’un juge démêle le vrai du faux, tri entre ce qui relève du fantasme, du roman, de la vengeance et ce qui est avéré, prouvé. C’est vrai, souvent la justice est bloquée. Dans biens des cas délicats, l’exécutif entrave les enquêtes et use de toutes les procédures possibles pour retarder l’établissement de la vérité… Alors il y a toujours le recours à la médiatisation pour contourner les obstacles du pouvoir. Mais Robert Bourgi fait les choses à l’envers. Il écume les plateaux de télévision et de radio pour étaler ce qui n’est que sa vérité et dit publiquement : « Si ça intéresse la justice, que celle-ci me convoque ! » On attend toujours la réaction du parquet.

Cela dit, le financement des campagnes électorales par les dirigeants africains, c’était un secret de Polichinelle !

Oui et justement on s’y était habitué. Mais comme Robert Bourgi nous dit maintenant qu’il a avoué ses activités coupables au Président, une attitude normale également pour lePprésident en présence de telles informations, aurait du être d’en informer la justice. Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy a encouragé Bourgi à travailler pour lui. Et non seulement le Président ne s’en est pas remis à la justice mais en plus il l’a élevée lui-même, le convoyeur d’argent sale, au rang de chevalier de la Légion d’honneur. Au cours de la cérémonie, le Président a déclaré, je cite : « Je sais, cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation (notez le tutoiement) à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui qui te disait de ‘rester à l’ombre pour ne pas attraper un coup de soleil’ » Le conseil émanait de Jacques Foccart, l’inventeur de la Françafrique.

Le secret ! On se demande pourquoi le secret est ainsi glorifié dans le domaine de la coopération entre la France et l’Afrique en temps de paix. L’Elysée clame aujourd’hui que la Françafrique c’est fini. Soit ! Alors pour vraiment en finir, l’ensemble des candidats à la présidentielle serait bien inspiré de répondre favorablement aux recommandations que l’organisation Transparence International s’apprête à transmettre à tous les partis politique. Parmi ces recommandations frappées au coin du bon sens démocratique, il y la proposition de créer un super procureur indépendant qui pourrait mettre la justice à l’abri de toute intervention dans les affaires politico-financières. Depuis quelques années nous sommes submergés par une désespérante certitude que la justice ne passera pas sur Karachi, les frégates de Taiwan, toutes une série d’affaires et maintenant l’affaire Bourgi. Il y a une sorte de résignation de l’impunité qui gangrène la vie politique française. Nicolas Sarkozy l’avait pourtant bien compris en 2007, lui qui promettait une « république irréprochable ». Promesse malheureusement recyclable pour 2012.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.