Ce matin, suite du débat sur l’homoparentalité et le mariage homosexuel. Un combat de gauche, dites-vous.

Ce débat sur l’extension d’un droit permet à la gauche de renouer avec les idées de progrès et d’égalité. Les contraintes qu’accepte la gauche dans le domaine économique et social ne lui permettent pas - ne lui permettent plus- pour l’instant, d’y étendre des droits ni même d’y lutter contre des inégalités. Pour ceux qui considèrent que l’humanité progresse par la volonté des hommes, bref, pour les progressistes, toute extension d’un droit raisonnable et toute marche vers l’égalité est bonne à prendre. La droite se retrouve dans sa position habituelle de conservatisme. Le mariage homosexuel et l’homoparentalité sont des idées qui progressent, dans la société, à la vitesse de l’éclair. Souvenez-vous, il y a douze ans la majorité de gauche faisait passer au Parlement et de justesse le Pacs, avec comme argument qui se voulait rassurant : « promis, le Pacs n’est pas le premier pas vers l’homoparentalité ». Aujourd’hui, le débat n’est plus sur l’homoparentalité mais sur l’étape suivante, la procréation médicalement assistée qui n’est pas dans le projet du gouvernement. La droite, qui avait refusé le Pacs avant de le renforcer 10 ans plus tard, refuse maintenant le mariage homosexuel. Elle se retrouve dans la situation décrite par Mark Twain quand il disait : « La gauche invente des idées nouvelles que la droite adopte quand elles sont usées ».

Ce débat marque aussi le retour de l’Eglise parmi les acteurs politiques.

Oui, le débat doit être très large et les autorités religieuses sont explicitement invitées par le gouvernement à y participer. En exposant en premier l’ébauche de son projet dans le quotidien catholique La Croix , la ministre de la justice n’a pas dit autre chose. Et ce n’est pas innocent. La gauche retrouve aussi comme ça la possibilité d’incarner une vision rationnelle et humaniste de la société face à une vision spirituelle traditionnelle. C’est un combat hérité des Lumières qu’il faut savoir parfois revitaliser. Pour l’instant l’Eglise ne dit pas grand-chose sinon qu’il faut parler, échanger des arguments. Le 15 août dernier, les catholiques français étaient quand même conviés à prier pour que les tous les enfants puissent connaître l’amour « d’un père et d’une mère ». Cette formulation suggère qu’une autre disposition, (deux pères ou deux mères) serait une entorse à l’ordre naturel des choses. Cet argument (l’ordre naturel des choses), exprimé dans un esprit de dialogue beaucoup plus développé que par le passé, reste cependant toujours le même. Un enfant a un père et une mère, c’est comme ça, c’est biologique et la société ne devrait rien y changer disent en substance les autorités religieuses. C’est l’éternel débat entre l’ordre et le mouvement, la conservation et le progrès. Déjà, invoquant l’ordre naturel des choses, dont l’autorité paternelle faisait partie, le journaliste catholique Louis Veuillot s’insurgeait à la fin du XIXème siècle, contre le projet d’école gratuite et obligatoire pour tous. C’est au père, le géniteur naturel de choisir qui va a l’école et qui va aux champs parmi ses enfants, pas à l’Etat ! disait-il. François Hollande qui, dans sa campagne, a beaucoup utilisé la rhétorique et la fibre républicaine (parfois plus que la fibre socialiste) trouvera dans ce débat matière à réaffirmer et à moderniser les valeurs de la République. Il a tout à y gagner parce que pour l’instant, les valeurs profondes de la République restent quand même le plus petit et plus précieux dénominateur commun national.

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