Ce matin front renversé à droite…

Oui, parce qu’à entendre les responsables du FN d’un côté et Nicolas Sarkozy de l’autre, les électeurs de gauche et les modérés vont finir par prononcer cette phrase inversée : « il faudra voter Marine le Pen, au deuxième tour pour faire barrage à Nicolas Sarkozy ! ». Au-delà de la boutade, si vous avez entendu hier l’invité de Léa Salamé, le futur directeur de campagne de Marine Le Pen, David Racheline, si en plus vous avez regardé la présidente du FN, dimanche sur TF1, vous avez vu et entendu des petits chatons de vidéo sur Internet, aussi extrémistes qu’un bon sénateur centriste rural à son 6è mandat. Pour David Racheline, être français, n’a rien à voir avec la couleur, le sang, l’origine, c’est une question « de libre arbitre » dit-il ! On aurait dit que les fiches de cet adepte des thèses complotistes d’Alain Soral, avaient été rédigées à SOS Racisme. De même Marine Le Pen, sur TF1 offrait une bonhomie souriante, bronzée et rassurante… Et pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy redouble de propositions qui, dixit, ses conseillers, ont vocation à doubler le FN par la droite pour l’asphyxier. L’objectif sarkozyen c’est que pendant la primaire, il faut que les idées du FN, du moins les idées identitaires, soient représentées, pour être réintégrées dans le champ du raisonnable et ainsi offrir une réponse sérieuse à une angoisse populaire qu’il faut cesser d’ignorer. Nicolas Sarkozy fait le pari qu’une partie des électeurs récents du FN, se sentiront concernés… et comme, par définition, lors de la primaire de la droite et du centre, il n’y a pas Marine Le Pen, c’est le candidat le moins frileux à reprendre ses idées qui emportera le morceau.

Est-ce qu’on peut être sûr que des électeurs du FN vont se déplacer pour la primaire !

Non, mais, l’électorat n’est pas fragmenté de façon si net et beaucoup d’électeurs occasionnels du FN sont aussi des électeurs de LR et celui qui aura le mieux prédit la sociologie des votants à la primaire aura fait un grand pas vers la victoire. Cette façon de faire campagne peut avoir son efficacité pour la primaire… Mais s’il gagne en novembre 2016, Nicolas Sarkozy sera alors directement confronté à la concurrence de Marine Le Pen pour mai 2017. Sa réserve de voix se trouvera au centre et chez les modérés de tous poils. Et alors là, il s’adressera à un échantillon beaucoup plus vaste de la population, en tentant de rééditer le grand écart conceptuel et sémantique de 2007 quand il pouvait citer Blum et Jaurès. Mais il y a un risque : C’est le genre de coup qu’on ne fait qu’une fois. Entre 2007 et 2017… il y a eu 5 ans de présidence, et la campagne 2012. Et surtout, le tout-info, les réseaux sociaux font qu’on ne peut plus faire évoluer son discours par étapes, en fonction de clientèles successives à séduire en l’espace de seulement quelques mois. A chaque discours on parle, en réalité, à tout le monde et à chaque discours, ses précédents propos sont opposables en permanence… en plus de ses actes. La stratégie adoptée par Nicolas Sarkozy comporte un défaut, justement c’est d’être une stratégie… et dés plus voyantes…

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