Nous sommes donc au lendemain de ce premier match social entre Emmanuel Macron et la CGT…

Et finalement, une mobilisation tout juste convenable dans des conditions défavorables pour les organisateurs (division syndicale et légitimité post-électorale d’un président qui avait annoncé la couleur avant). Cette première manche ne tranche pas en faveur de la CGT mais n’éloigne pas non plus le danger pour l’exécutif… En fait, pour savoir si un mouvement social prend, il ne faut pas se polariser sur le chiffre de la première journée. Ce qui compte c’est la dynamique et donc on sera mieux fixé le 21, lors de la prochaine manifestation comparable, syndicale et un jour de semaine… pour le 23, un samedi, une manifestation plus politique, organisée par LFI, ce sera autre chose… mais nous voilà donc, encore, en train de faire du commentaire sportif : qui est en tête ? Qui gagne la bataille de l’image et de l’intox des chiffres ? Il ne s’agit pas, en réalité, d’évaluer un rapport de force mais de noter un concours de photo, cette fois-ci, entre la masse des marcheurs déterminés et « bon enfant » (selon le poncif habituel) et le président sauveteur, au contact, d’une population désespérée de l’autre côté de l’Atlantique.

C’est d’un classique !

Oui, tout ça est très « ancien monde » ! Pour parler comme les Macroniens ! Quelle répétition d’immuables rites… plombant. Le dialogue social national en France reste donc celui-là : un face à face entre un syndicat d’affrontement et un exécutif qui vit cette grogne sociale comme une épreuve du feu valorisante et nécessaire, destinée à prouver qu’il est bien fait d’un acier inoxydable. Emmanuel Macron a même été, avant-hier, jusqu’à saisir, à la volée, un micro tendu, pour réaffirmer que oui, il assumait le mot « fainéant », comme pour donner plus de piquant à une confrontation utile à la construction de sa statue de chef inébranlable à la Clémenceau. C’est donc Emmanuel Macron, avec « fainéant », qui aura inspiré la plupart des pancartes et des slogans d’hier, comme dans un jeu de rôles bien rodé entre l’Elysée et la rue. Une attitude qui rappelle les manières de Nicolas Sarkozy : « moi au moins, je n’ai jamais rien cédé à la rue » dit souvent l’ancien président depuis 2012… Alors qu’on se souvient qu’il prenait soin de déminer, lui-même, ses mesures, avant les manifs, afin que se joue, que se singe…ensuite un affrontement forcément victorieux. Le mythe est là. Le courage politique serait de ne pas céder à la rue… alors que le courage syndical serait de ne pas céder à celui qui ne cède pas ! Cet affrontement permanent et notre façon d’évaluer la mobilisation au doigt mouillé, compte-tenu des variations saisonnières et selon une analyse de psychologie des masses et de cuisine, représentent le degré zéro de la démocratie sociale. Qui est le plus fautif entre celui qui parle de coup d’Etat social et celui qui prétend que sa réforme est une révolution copernicienne ? La CGT ne semble pas savoir agir autrement que par l’affrontement, le président, adepte de la verticalité en fait son affaire. Il y a donc assez peu de chance pour que notre démocratie sociale devienne enfin mature dans les prochaines années.

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