Faut-il favoriser l’apprentissage de l’arabe à l’école ?

Cette question est posée à tous les responsables politiques depuis la publication lundi du rapport de l’Institut Montaigne. D’autant que JM. Blanquer s’est montré ouvert à l’idée. Et à entendre les réponses outrées, à droite, on a l’impression que la question était plutôt «faut-il rendre obligatoire l’apprentissage de la confection de ceintures d’explosifs en cours de techno ?» Déjà, lors de la primaire de la droite en 2016, Nicolas Sarkozy répétait que Najat Vallaud-Belkacem voulait généraliser l’apprentissage de l’arabe dans les quartiers… Lors de la campagne pour la présidence de LR, c’était l’un des arguments phares des meetings de Laurent Wauquiez ! Il expliquait qu’Emmanuel Macron, le déraciné, voulait imposer l’enseignement de l’arabe à l’école parce qu’il était favorable, puisque libéral, au communautarisme à l’anglo-saxonne ! Délires, fantasmes et mensonges qui ne sont donc plus l’apanage de l’extrême droite sur ces thèmes. Il n’a bien sûr jamais été question d’obliger qui que ce soit à apprendre l’arabe ! Même Xavier Bertrand, hier à ce micro, restait sur une ligne de méfiance pavlovienne vis-à-vis de l’apprentissage de l’arabe à l’école ! Le problème c’est que généraliser l’idée qu’apprendre l’arabe irait contre la cohésion nationale est une hérésie et pédagogique et républicaine. 

Pourquoi ?

Tous les pédagogues savent, qu’apprise le plus tôt possible et dans de bonnes conditions, une autre langue développe les capacités intellectuelles et l’ouverture d’esprit des enfants. Apprendre une langue étrangère ne désapprend pas le français, c’est comme si (et je parle sous le contrôle de Cédric Vilani) l’on disait qu’apprendre les maths entravait l’apprentissage d’autres sciences. Et puis, ne pas se servir de prédispositions familiales et culturelles pour développer et encourager l’apprentissage de cette langue riche et vivante, dans le cadre de l’école publique, serait se passer d’un gisement et d’un potentiel incroyable pour l’économie du pays. 9000 enfants et adolescents apprennent déjà l’arabe à l’école et le problème c’est que 40.000 l’apprennent dans un autre cadre… un cadre souvent religieux. Voilà ce qui est dangereux pour la cohésion, parce qu’on sait que l’islamisme se répand aussi de cette façon. Il n’y a aucune raison que l’apprentissage de l’arabe, en soi, développe le communautarisme. Le communautarisme est un repli, la résultante d’un sentiment de rejet, un refuge… la possibilité d’apprendre l’arabe (mais dans le cadre de l’école publique républicaine !) dit tout l’inverse. Il faut bien sûr en parallèle combattre plus fermement l’intégrisme, les interdits qu’un islam rigoureux, identitaire et politique veut instaurer, via les enfants qui, dès lors, défient leurs professeurs dans de nombreux établissements. Cette lutte contre l’islamisme peut aussi paradoxalement passer par la valorisation et l’apprentissage de l’arabe dans un cadre non religieux. Refuser de voir cette réalité c’est, au pire un racisme latent, au mieux une pusillanimité des responsables politiques de droite face à la montée du sentiment de se faire «grand-remplacer», de la part d’un grand nombre de nos concitoyens. Privilégions cette seconde hypothèse – un peu moins pire- pour ne pas désespérer tout à fait.

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