Le Monde a publié, un avant projet du secrétaire d’Etat à l’intérieur, Alain Marleix, chargé du redécoupage. Et cette mouture est tout simplement caricaturale puisque sur les 33 circonscriptions supprimées, 23 sont détenues par la gauche et 9 par la droite alors que le rapport de force actuel est de 330 députés pour la droite et 260 pour la gauche. Alors la question est bien sûr de savoir quel est le statut de ce document. Alain Marleix répond hier dans le Figaro que c’est, au mieux, une hypothèse de travail. Bien sûr le résultat ne sera pas celui là mais ce qui devait arriver arriva… l’inévitable polémique. Le Monde a donc sorti un document qui, en fait est le document de base du ministre chargé de redécouper. Et, si l’on comprend bien entre les lignes du ministre, nous avons là le projet idéal pour l’UMP… et il y aura des concessions. Il va y avoir un troc, un marchandage de cantons ici ou là pour sauver la circonscription d’un socialiste influent, contre un canton ailleurs pour renforcer un baron UMP… Donc on fait cela à l’ancienne ! À la politicarde ! Façon Defferre et Pasqua, façon charcutage tendancieux. Le redécoupage est une nécessité démocratique, l’écart entre les circonscriptions les moins peuplées et les circonscriptions périurbaines très peuplées devenait trop important. Le Président avait, en plus, promis de faire de la place à une petite dizaine de nouveaux députés, représentants de français de l’étranger. La quasi-totalité de ces députés seront des élus UMP, cela ne fait aucun doute. Le redécoupage était donc indispensable. Mais le document sorti par le Monde prouve que l’exécutif ne résiste pas à la tentation du tripatouillage politique. Tous les gouvernements qui ont dû redécouper ont fait pareil... Bien entendu, on se souvient du redécoupage artistique de Pasqua entre 86 et 88 ou des découpages municipaux, pour Marseille par le ministre de l’intérieur de François Mitterrand, Gaston Defferre qui était aussi…maire de Marseille. Mais Nicolas Sarkozy s’est fait élire notamment sur le slogan de la rupture, et notamment en matière de gouvernance. Plus de transparence et de démocratie qu’avant…ce n’était donc qu’une promesse. Le secrétaire d’Etat à l’intérieur Alain Marleix a été nommé à ce poste uniquement pour opérer ce redécoupage, c’est un fidèle parmi les fidèles du Président de la République. Autant demander au ministre des finances des Iles Caïman de réformer les paradis fiscaux !... Pourtant on ne pouvait faire autrement. Le gouvernement, qui ne lésine pas sur les commissions pour réfléchir à tout un tas de dossiers sensibles, aurait été bien inspiré de nommer un groupe totalement indépendant, formé de démographes et de professeurs de droits public, pourquoi pas accompagné d’un ou deux anciens présidents du Conseil Constitutionnel, par exemple. Ce petit groupe aurait pu être chargé de proposer le redécoupage, clefs en main, après avoir consulté les partis. Le métier de charcutier électoral est d’autant plus dépassé qu’il existe maintenant plusieurs logiciels qui permettent de faire des projections et pointent sans conteste les coups de ciseaux tendancieux. La transparence n’est plus seulement une nécessité de morale publique :c'est aussi un impératif politique. Tout simplement parce que maintenant le tripatouillage, cela se voit… comme une grosse moustache de confiture au dessus de la bouche d’un enfant qui jure n’avoir pas touché au pot !

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