La rumeur de nomination d’Alexandre Bompard à la tête de France télévision suscite des remous et relance le débat sur le mode de désignation des patrons de l’audiovisuel public.Oui et c’est vrai que l’on se demande pourquoi Nicolas Sarkozy tenait tant que ça à nommer lui-même les patrons des chaines publiques ! Qu’est-ce que cela peut bien lui apporter, et qu’est-ce que cela peut apporter à l’institution en question? Je vois déjà les mines incrédules des conspirationnistes de tous poils. Comment l’éditorialiste de France Inter peut-il se demander ce que peut apporter la nomination directe des patrons de chaines de radios et télé publiques ? Le président veut tout simplement contrôler l’info, mettre la pression pour que le ton général soit plus favorable ! Voila ce que pensent certainement la plupart de ceux qui sont choqués par cette réforme dont l’application a été mise en œuvre à Radio-France en premier. Alors peut être que dans l’esprit du président c’est ça. Peut être qu’il s’imagine qu’on dirige encore des rédactions comme sous Giscard ou même Mitterrand… mais le résultat est là. Tout le monde peut être rassuré, le ton de Radio France n’a pas changé. Et ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy nommerait Alexandre Bompard, même s’il n’est pas journaliste, même s’il est réputé être plutôt proche de la majorité… ce n’est pas parce qu’Alexandre Bompard deviendrait président de France Télévision que David Pujadas, Elise Lucet ou Laurent Delahousse vont se mettre à poser des questions plus douces aux ministres, faire des sujets plus flatteurs sur les réformes proposées par le gouvernement ! Imagine t’on Alexandre Bompart (ou un autre) remplacer des présentateurs vedettes ou des chefs de services pour des considérations politiques ? … en quelques années les choses on changé et le tollé que provoquerait un tel ménage serait politiquement totalement contre- productif. Alors pourquoi le président a institué cette règle ?Hé bien peut être qu’il a agit avec de vieux réflexes du siècle précédent…qui, en matière de communication est plutôt le millénaire précédent. Depuis l’explosion d’internet et la multiplication de chaines privées, on ne règne plus sur les esprits de la même façon. L’idée de contrôler l’information (ou tout du moins de la rendre la moins critique possible) taraude toujours quelques politiques mais ça passe par d’autres méthodes que la nomination des patrons des chaines publiques et ces méthodes n’ont pas tellement de prises sur les médias publics. Le président affirme qu’il nomme lui-même les patrons des chaines publique pour sortir de l’hypocrisie, suggérant ainsi que les nominations par le CSA étaient en fait des nominations que l’exécutif faisait laver plus blanc par l’autorité de contrôle de l’audiovisuel. La nomination directe par le chef de l’Etat est censée apporter plus de garanties d’indépendance puisqu’elle doit être approuvée au trois/cinquièmes des parlementaires (ça c’est ce qui était prévu mais cette partie de la réforme des institutions n’est pas encore traduite par une loi). En principe ça garantirait que le chef de l’Etat ne nomme pas un président ouvertement militant ou notoirement incapable. Seulement ça n’empêchera jamais que le patron gardera en tête qu’il a été choisi par le président et qu’il espérera, pendant son mandat être renommé pour un nouveau mandat…par le président. Il sera donc suspecté en permanence... L’idée de sortir de l’hypocrisie (c'est-à-dire d’assumer haut et fort ce qui se faisait en douce auparavant) plutôt que de mettre en place une vraie procédure de désignation indépendante, est une conception, c’est vrai, assez inattendu, de la fameuse rupture promise. «Ça te reviendra un jour dans la figure » aurait dit François Baroin à Nicolas Sarkozy au moment du vote de la modification des règles. Visiblement, avec la rumeur Bompard et les remous autour de l’affaire de la privatisation de la régie publicitaire de France Télévision… le boomerang semble déjà sur son chemin de retour.

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