Deux semaines après la nomination de Manuel Valls à Matignon, l’écart de popularité entre le Président et le Premier ministre intrigue !

Oui cet écart est abyssal mais c’est en réalité secondaire et assez conjoncturel. Même impopulaire, la position de François Hollande, qui tire sa légitimité d’une élection au suffrage universel, reste plus solide que celle du Premier ministre qui est responsable devant une assemblée dotée d’une très courte (et assez râleuse) majorité. Il est plus intéressant de se pencher sur la nature de cet attelage à la tête de l’Etat. La Vème République prévoit un drôle d’exécutif à deux têtes et le mieux c’est que ces deux têtes soient complémentaires. Souvent il s’agit d’une complémentarité politique. Deux nuances d’une même majorité (hors cohabitation bien sûr)… François Mitterrand avait choisi Pierre Mauroy représentant un courant du PS qui n’était pas le sien. Quand Jacques Chirac choisit Jean-Pierre Raffarin en 2002, c’est le RPR jacobin qui complète le tableau avec un UDF, plus rond et plus girondin. Le Premier ministre peut aussi incarner une politique qui s’impose : ce fut le cas de Jacques Chaban-Delmas sous Pompidou ou de Michel Rocard en 1988. Il peut y avoir une complémentarité de caractère. Le président peut se mettre dans une position relativement arbitrale, avec un premier ministre actif et plus tranchant. Les premiers ministres de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand étaient dans cette configuration. Chirac, devenu vieux sage à la fin de son deuxième mandat, avait, en la personne de Dominique de Villepin, un premier ministre style officier de cavalerie. En revanche l’attelage Sarkozy / Fillon était monté à l’envers ! Le suractif clivant à l'Élysée et le pondéré patient à Matignon. On parlait alors de l’hyper président en pensant que c’était peut-être dans la logique du quinquennat et de l’accélération du temps politique.

Qu’en était-il de l’attelage Hollande / Ayrault ?

Il n’a servi à rien parce qu’il ne représentait aucune complémentarité. Ni politique ni par le style. Du coup l’ensemble de l’exécutif est apparu indécis et brouillon. En revanche l’attelage Hollande / Valls est monté à l’endroit, pour peu que les deux hommes jouent bien leur rôle. Le binôme combine les deux complémentarités, politique et caractère. Politiquement, Manuel Valls proposait, notamment lors de la primaire socialiste de 2011, des solutions d’inspiration social-libérales que François Hollande a maintenant décidé de mettre en œuvre. Mais il y a aussi une complémentarité de style. Avec un Premier ministre volontariste, un brin autoritaire et dont la main ne devrait pas trembler au moment de trancher… Du coup, si François Hollande sait se montrer habile, ce que nous lui reprochions, son art abusif de la synthèse, sa propension à toujours vouloir tout « chèvre-et-chouïser » (c’est un nouveau verbe… ), son ambiguïté tactique ou naturelle, tout ça peut se transformer en sagesse, en hauteur de vue apaisante, au-dessus du tourbillon Valls. Pour mener la politique qu’il entend mener, François Hollande aurait donc dû prendre le risque de nommer Manuel Valls dès le début du quinquennat. Il aurait souffert de moins de réticence de la part des écologistes et de la gauche du PS qu’aujourd’hui. Et puis quitte à trancher, autant trancher tôt ! L’attelage à la tête de l’Etat est donc raccord avec la logique des institutions et avec la ligne politique décidée par le président. C’est déjà ça ! Mais, ne confondons pas tout… la question principale est celle des orientations politiques et économiques : Et ce n’est pas parce que l’attelage est bon qu’il prend forcément la bonne route !

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