Confinement : un mois de plus avant des "jours heureux". Emmanuel Macron fait sa mue : du chef de guerre au psychologue.

Emmanuel Macron, président de la République, durant sa troisième allocution le 13 avril 2020
Emmanuel Macron, président de la République, durant sa troisième allocution le 13 avril 2020 © AFP / Theo Saffroy / Hans Lucas / Hans Lucas

Oui, s’il y avait un calendrier de l’Avent pour le déconfinement, la case du 11 mai, ce serait... Noël ! Prémices « des jours heureux » dont Emmanuel Macron annonce le retour. Il y a désormais un horizon, une borne, c’est ce que tout le monde attendait, un agenda pour le dégel après l’hiver du Covid. 

A l’instar de ses voisins européens, comme l’Espagne, qui veut sortir du corona-marasme, Emmanuel Macron parle plus en psychologue qu’en épidémiologiste. Plus en politique, et c’est son rôle, qu’en médecin. Puisque le confinement exacerbe les inégalités - sociales, numériques, scolaires -, et menace la cohésion du pays, Emmanuel Macron veut d’abord être le soignant d’une France qui déprime. Un chef de guerre reconverti dans l’humanitaire. 

Des éditorialistes astrologues prédisaient un nouveau "serrage de vis", du "Churchill, du sang et des larmes" ? On a eu tout le contraire. Notamment quand il dit "merci" à la troisième ligne, c’est-à-dire à l’humble confiné, vous, moi, régulièrement accusé, à tort, de se relâcher. Les Gaulois étaient réfractaires au changement ? Emmanuel Macron reconnaît qu’il s’est trompé, la nation a su se discipliner. Et il nous félicite. 

Et toute son intervention est une métaphore filée sur la modestie. Qui imagine un chef de guerre battre sa coulpe en pleine bataille ? Personne. C’est pourtant ce qu’il fait, quand il répond, déjà, au procès en manque d’anticipation de la crise. Oui, dit-il, il y a eu "des failles, des ratés, des procédures inutiles". Et ce qui m’a frappé, c’est qu’il en parle au passé, comme si lui-même était déjà dans l’après.

Alors que cet horizon du 11 mai annoncé est loin de lever tous les doutes

D’ailleurs, l'avez-vous entendu prononcer le mot "déconfinement" ? Non. Juste la fin du "confinement strict". En quittant son costume de chef de guerre, Emmanuel Macron se met aussi à portée de tir de l’opposition. Il se dit "ébranlé", pousse l’introspection jusqu’à dire qu’il doit lui-même se "réinventer". Promesse d'un nouvel Etat-Providence plus stratège, plus indépendant, décarboné. Belle feuille de route pour 2022...

Mais là maintenant, tout de suite, le 11 mai ? On fait quoi ? Comment ressortir si on ne dépiste que ceux qui ont des symptômes, comment rouvrir les écoles en toute sécurité sanitaire, questions légitimes sur l’intendance et la logistique d’un déconfinement qui ne signifie pas l’arrêt de l’épidémie. Et les municipales, on les reporte encore ou on les organise le 21 juin ? Emmanuel Macron n’en parle pas. Trains, avions ? Vacances d’été ? Non plus. 

Espoir esquissé, mais les jours heureux ne sont pas encore fléchés. Dans l’éphéméride, le 11 mai est à double tranchant. Début des Saints-de-Glace, hantise des jardiniers quand le froid revient menacer les floraisons. Et en même temps, 11 mai, 11 mai 1502, jour où Christophe Collomb entame son dernier voyage vers… le Nouveau monde ! 11 mai : "début d’une nouvelle étape", dit plus modestement Emmanuel Macron, qui navigue encore à vue. Une date pour tenter de garder "la France unie", un mois de plus. 

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