Vous revenez ce matin sur le débat autour de l’identité nationale, après les propos, ce week-end, de Yazid Sabeg.Oui, le commissaire à la diversité et à l’égalité des chances critique, à son tour (dans le Journal du Dimanche d’hier) les termes du débat sur l’identité nationale. Pour lui ce débat est devenu un « déversoir et un défouloir ». Il dénonce le mélange des genres entre identité, immigration et religion. Plus ça va, plus on constate, en effet, qu’il y a, dans cette histoire un pêcher originel, une hérésie républicaine de départ. C’est bien sur l’accolage des notions d’identité et d’immigration dans l’intitulé d’une administration, puis le fait de demander au ministre en charge de cette administration d’animer le débat sur l’identité nationale. Sans même revenir sur la question (déjà en soi douteuse) d’une identité collective pour une France qui ne reconnait ni race ni ethnie et pour un pays qui assoit sa raison d’être sur l’individualisme positif défini par les Lumières « nul ne peut écrire sa vie d’homme que lui-même » disait Rousseau, le simple fait de lier l’identité à la question de l’immigration interdisait l’idée même d’un débat apaisé. Le lien identité/immigration devrait être, pour des responsables politiques français aussi étrange que de se poser la question de l’identité des martiens. Si l’on reste toujours dans le giron de la République (et nul doute que le président y est et entend y rester) il ne devrait même pas être concevable, intellectuellement d’accoler, non seulement identité et immigration, mais même identité et nation. Braudel parlait de « l’identité de la France », pas de l’identité française… ça change tout ! Le trouble de Yazid Sabeg n’a pas de conséquence politique. Il ne quitte pas sa fonction !Non, on est maintenant habitué à ce que les ministres et les hauts commissaires (qui ont rang de secrétaires d’Etat) restent au gouvernement même quand il y a un tel décalage sur les principes. C’est une preuve de plus de la perte de poids politique et de responsabilité des membres du gouvernement. Mais finalement la fonction de Yazid Sabeg est, elle aussi, le fruit d’une utilisation mal appropriée des principes de la République. Il est chargé de réfléchir à la façon de mettre en place ce que le candidat Sarkozy appelait, pendant la campagne, la « discrimination positive ». On ne prononce plus ce terme, il ne s’agit plus, maintenant que de se demander comment mesurer les phénomènes de discrimination. Yazid Sabeg bute, dans son travail sur la conception universaliste de la république et le fait qu’il n’est pas possible en France de distinguer les ethnies et encore moins les races. Les races n’existent pas mais le racisme et la discrimination existent. C’est un peu la quadrature du cercle. La création du poste de Yazid Sabeg partait donc d’une bonne intention. Mais il ne peut pas trouver de réponses dans un système de comptage ethnique qui serait anticonstitutionnel. En réalité, on en revient, petit à petit à ce que l’on aurait sans doute jamais dû abandonner… La lutte contre les discriminations, dans un cadre républicain, ne peut se faire que par la mixité sociale et la réparation de l’ascenseur social. Ces débats traduisent en réalité la légèreté ambiante dans le maniement des concepts fondateurs de la république, une instrumentalisation coupable des notions fondamentales que le professeur de science politique et éditorialiste Alain Gerard Slama avait très bien résumé dans son livre paru en mars dernier. La société d’indifférence (chez Plon) et notamment dans un chapitre prémonitoire et bien intitulé : l’horreur identitaire…

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