Tombons-nous dans un piège ? Et moi, ce matin, quatre jours après, en répétant ces questions, de qui fais-je le jeu ? Pour répondre à ces interrogations maintes fois rabâchées, je vais utiliser une expérience personnelle, une expérience que vous partagez Patrick, puisque vous avez aussi couvert pendant de nombreuses années les activités du Front National. Je l’ai couvert pendant 8 ans et pendant ce laps de temps, il y a eu des périodes pendant lesquelles on sur-couvrait le FN. Dès que Jean-Marie Le Pen s’exprimait, ses propos étaient relayés, commentés, disséqués par le menu. C’était à la fin des années 80. Il y a eu des périodes pendant lesquelles on considérait que ça n’avait plus d’intérêt et on le sous-couvrait et puis il y a eu des périodes où le FN était banalisé et on le couvrait, disons, à la hauteur de son poids politique. Et pourtant, dans chacun de ces cas de figure, la critique des médias était la même : « vous en parlez trop, vous le sous-estimez ou vous le banalisez ». La couverture du FN, depuis son émergence vers 1983 fait l’objet de critiques incessantes. Et c’est normal, d’ailleurs, nous-même, nous posions ces questions. En réalité, le FN a progressé, puis stagné, parfois reculé sans que l’on puisse faire de lien avec le niveau de sa couverture par les médias et le degré d’indignation qu’il provoquait. Peut-on mesurer l’influence réelle du FN aujourd’hui ?Au-delà de ses succès électoraux, ce qui est paradoxal, c’est que son influence sur la société est finalement assez faible. La société française est moins raciste qu’il y a 25 ans. Pour la première fois, une majorité de Français estime que le droit de vote devrait être accordé aux étrangers extracommunautaires pour les scrutins locaux. L’idée d’un métissage bien vécu de la société progresse, l’idée selon laquelle l’étranger serait la cause principale de tous nos maux et de la crise, n’est –pour une fois- pas une idée dominante ni en progression. D’ailleurs Marine Le Pen ne capitalise pas sur ces questions mais sur des thèmes sociaux et d’autorité. Sa sortie sur les prières est à remettre dans le contexte d’une campagne interne dans laquelle elle doit convaincre le noyau dur, xénophobe pour le coup, des militants du FN. L’influence du FN n’est donc pas si forte mais son discours ne va pas sans faire, quand même, des dégâts. C’est au sein de la population immigrée que le mal se fait. Marine Le Pen, par ses déclarations sur la prière dans la rue, dit défendre la République. Le drame c’est que ces prières dans une dizaine de rues en France sont une atteinte manifeste à la laïcité. Une atteinte que les pouvoirs publics nationaux et locaux n’ont pas su traiter de peur de provoquer d’autres atteintes, à l’ordre public cette fois. Le piège c’est lorsque Jean-Claude Gaudin par exemple aide les musulmans de Marseille à construire leur mosquée (pour éviter, justement les prières dans la rue). Le Pen le traite de Ben-Gaudin avec une mine de dégoût. Il se trouve que la phrase outrancière de Marine Le Pen est prononcée quelques jours avant la confirmation –salutaire- par le tribunal des prud’hommes de Mantes-la-Jolie de l’exclusion d’une puéricultrice voilée. Mais les responsables musulmans intégristes pourront efficacement dénoncer un climat dit « d’islamophobie ». Un terme qu’ils essaient d’introduire dans le débat politique français pour contester les règles de la laïcité et auquel leur allié objectif, le Front National, vient de donner un sacré coup de main.

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