Ce matin, vous évoquez l’embarrassant « entre-deux » dans lequel se trouvent le Président et le gouvernement.

Oui et dans cet « entre-deux », ils s’y sont mis tout seuls. Il est intenable du point de vue de la cohérence gouvernementale, et même, osons le mot, du point de vue de la déontologique minimum du pouvoir… sur plusieurs dossiers, on ne sait plus trop où l’exécutif en est et la parole publique est parfois double. Florange est l’exemple le plus frappant ! Deux lignes se sont affrontées. Le Premier ministre avait tranché, assez clairement, contre la nationalisation qui (affirmait-il) coûterait un milliard à l’Etat. Et il y a deux jours il disait même qu’elle équivaudrait à une « expropriation ». Et hier (que s’est-il passé ?) Jean-Marc Ayrault a dit, en substance, et en marge d’un déplacement au Maroc, que la nationalisation restait une option au cas où Mittal ne tiendrait pas ses engagements. Sur ce sujet, tout et son contraire a été dit, au sein même de la majorité. Le Président est, semble-t-il contre la nationalisation mais il a laissé son ministre du redressement productif la préparer et même l’annoncer à l’Assemblée. Avant d’affirmer que si on avait nationalisé le site, c’est l’Etat qui aurait fini par fermer les hauts-fourneaux ! Quand Lakshmi Mittal, dit, dans Le Figaro (comme Jean-Marc Ayrault) que l’accord trouvé à Florange est un bon accord, Benoît Hamon, le ministre de l’économie solidaire, lui répond que ce n’est pas à lui de « définir la politique industrielle de la France »… laissant ainsi penser que Mittal disait une énormité alors qu’il dit exactement la même chose que le Premier ministre… Ce même Benoît Hamon finit par reconnaître qu’il était pour la nationalisation mais qu’il a finalement été convaincu par Jean-Marc Ayrault. On a la tête qui tourne rien qu’en essayant de suivre ! Et l’on comprend alors pourquoi Vincent Peillon, hier, à ce micro a joué au sourd-muet alors que vous tentiez, Patrick, de lui poser une question sur le sujet.

Il n’est pas le seul muet. Arnaud Montebourg ne parle pas non plus.

Non et il doit rencontrer le Premier ministre aujourd’hui en tête à tête pour déjeuner et ne devrait pas s’exprimer avant début 2013. Il glisse quand même quelques phrases à la volée, comme mercredi à Bruxelles, quand il a dit qu’une partie des socialistes (entendez Jean-Marc Ayrault) était contaminée par le reaganisme. Tout le monde dans cette affaire en a trop dit, trop fait ou pas assez. C’est pareil sur le mariage pour tous… (Voilà un autre entre deux… si je puis dire !) : au lieu d’affirmer clairement qu’il est contre la PMA, François Hollande dit que c’est le Parlement qui tranchera sur un amendement. C’est une évidence, et l’on sait que la PMA ne passera pas, mais ça laisse penser qu’il n’a pas d’avis tranché sur la question. Il y a un autre « entre-deux » qui va vite devenir intenable, celui de l’affaire Cahuzac. Si Jérôme Cahuzac n’a jamais eu de compte en Suisse, pourquoi le gouvernement et le ministre du budget ne mettent pas tout en œuvre pour le démontrer ? Cet « entre-deux », entre culpabilité et innocence, ne peut certes pas, exister juridiquement mais politiquement, il est bien réel. Et L’UMP, de son côté est aussi dans un « entre-deux », entre deux chefs, entre deux lignes…entre deux groupes parlementaires… bientôt peut-être entre deux partis ! La vie politique de cette fin 2012 est marquée par une confusion extrême. Pour avoir quelques clarifications on va sans doute devoir laisser passer ce que l’on appelait autrefois la trêve des confiseurs, que l’on pourrait rebaptiser -j’ose, c’est la fin de l’année- « la trêve des confuseurs ».

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