Après la satisfaction de voir qu’aucune région ne vire FN, les responsables LR et PS ont répété en cœur que ‘rien ne serait plus comme avant’.

Oui, parce que dans une élection intermédiaire de la sorte, très politique, le plus dur c’est de lire le message global qui se dégage des urnes. Comme si le corps électoral était une personne cohérente. Que nous dit cette personne ? Il semble qu’au 1erdimanche, elle ait pris un mégaphone, le FN, pour crier sa colère, son ras-le-bol de l’impuissance, son angoisse identitaire devant les turbulences du monde qui s’invitent sur cette terre longtemps protégée par sa prospérité, un contrat et un modèle social maintenant à bout de souffle. Au 2ndtour, en refusant de confier la moindre responsabilité au FN, en l’empêchant de passer la barre des 50%, graal de la légitimité, en empêchant même que l’extrême-droite arrive en tête dans des triangulaires, le corps électoral a bien signifié que le mégaphone FN n’est (pour l’instant !) qu’un mégaphone. On ne construit rien avec un mégaphone, on proteste. Si adhésion il y a au discours du FN, c’est encore une adhésion à la protestation qu’il incarne. Ce constat fait, le FN représente toute même une minorité plus puissante que jamais. Et quand un peuple ne se fait pas entendre par le mégaphone, il le jette et passe à l’action. D’où cette réaction des partis, dits de gouvernement, loin de tout triomphalisme : « rien ne sera plus comme avant ».

Mais bien sûr le contenu et l’ampleur de ce qui doit changer varie selon les responsables…

Oui selon leur positionnement politique et leurs intérêts. Il y a deux visions. Ceux qui estiment que ce résultat global signe quand même une droitisation de la société. Et ceux qui estiment qu’il est plutôt le symptôme d’un besoin d’efficacité et de dépassement des clivages anciens et handicapants. N.Sarkozy fait partie des premiers. Il a bien constaté la porosité entre les électorats de droite et d’extrême droite. Cette élection ne nous renseigne d’ailleurs pas sur ce que serait l’attitude des électeurs de droite dans le cas d’un duel PS/FN. Mais N.Sarkozy en est persuadé, c’est le FN qui l’emporterait ! Il faut donc, pense-il, (et il a la primaire en tête) ‘droitiser’ le discours et les propositions de LR. ‘Non’ répondent les modérés de son camp. Ce n’est pas tant une demande de radicalité qu’une demande d’efficacité et d’autorité sur le cours des choses qui s’est exprimée. La réponse de M.Valls est de la même eau. « Rien ne doit plus être comme avant »… dit-il, se servant de l’attitude exemplaire et décisive des électeurs de gauche face à la menace FN pour remettre une couche de sa vision de l’avenir politique, qu’il distille, depuis quelques semaines : dépasser les vieux clivages et refonder la République. On sent poindre l’idée d’un grand parti modéré qui réunirait le PS actuel et des centristes ou des responsables d’une droite sociale et européenne. On le voit bien, dans ces réactions, c’est 2017 qui est en jeu car pour la présidentielle, il n’y a pas de triangulaires, ça se joue en duel ! C’est le seul moment de notre vie politique ou toutes les cristallisations sont possibles. Nous en vivons là les prémices.

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