A genoux, les mains derrière la nuque, c’est le nouveau geste symbolique des manifestants !

Vous l’avez sans doute vu sur les images des manifestations de lycéens ou de gilets jaunes à travers la France, face à des policiers casqués, la mode, c’est de s’agenouiller façon prisonniers de guerre ou de daech. Mains derrière la nuque, on fait face fièrement aux forces de l’ordre. Il s’agit, bien sûr, de faire référence aux images de Mantes-la-Jolie, quand, pour mater quelques casseurs, la police a cru bon d’aligner lycéens et casseurs dans cette position évocatrice d’autres époques ou d’autres régimes ! N’aurait-il pas suffi de les assoir par terre ? Et pourquoi la police les a-t-elle filmés et a-t-elle diffusé ces images avec des commentaires humiliants de matamores ? Ces images furent vite virales et ce geste contraint est devenu volontaire, signe revendicateur… Mais de quoi ? De l’arrêt des violences policières, de l’interdiction des flashballs, ces armes conçues pour appliquer la doctrine du no-contact, censée diminuer le nombre de victimes. Mais ces armes sont devenues dangereuses et ont, depuis plusieurs années, causé de graves blessures, des pertes d’œil et des mâchoires détruites en nombre. C’est étonnant comme une foule peut avoir une sorte d’intelligence de la communication, comprendre la force de l’image et inventer, en quelques minutes, une nouvelle forme de protestation qui se répand à travers la France à la faveur des réseaux sociaux.

Mais ce geste, dites-vous, pose problème.

Oui, parce qu’il décrit une situation fausse et infamante. Depuis la fin de la guerre d’Algérie, la France, ce n’est plus ça… l’erreur condamnable des policiers de Mantes-la-Jolie, la dangerosité des flashballs, ne justifient pas que lycéens et Gilets Jaunes adoptent, en suite, ces positions de martyre comme un slogan. Dans bien d’autres pays où l’on fait agenouiller de la sorte, en masse, c’est pour une exécution. Quand on y arrête des manifestants, on ne les revoit plus. Ce geste qui singe la dictature, constitue une victimisation déplacée. Il ne faut certes pas cesser de souligner les violences policières encore trop fréquentes, non pas tant d’ailleurs lors des manifestations que dans son action quotidienne auprès de la jeunesse... Mais laisser croire, par ce geste symbolique, que l’on serait dans un état policier est une manipulation. On parle souvent de manipulation de foule mais, en ces temps, où chacun, dès le plus jeune âge, est un spécialiste de l’image, une foule elle-même peut devenir manipulatrice. Et une foule de gamins ou de Gilets jaunes, qui prend la pose pré-exécution, est manipulatrice. Après tout, avec, partout, le retour des aspirations autoritaires, on ne peut pas totalement en vouloir à la jeunesse de rester vigilante et sensible à ces questions… par romantisme révolutionnaire bien de chez nous, jusqu’à se faire peur quelques instants et gouter au frisson de la résistance. Une jeunesse trop docile ne serait plus une jeunesse française. Mais il n’est pas interdit, en la circonstance, d’en sourire (ou d’être affligé) et finalement d’être satisfait de vivre dans ce pays où les agenouillés volontaires seront rentrés chez eux, le soir même, pour voir à la télé si l’image est diffusée, et sur leurs écrans, combien de fois elle a été likée...

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