Aujourd'hui s'ouvre le dépôt des candidatures pour les élections municipales du 9 et 16 mars prochain. Si certaines villes sont sous les feux de l'actualité, la majorité sont des communes rurales où même le mode de scrutin est différent. Neuilly n'est pas la France. C'est une découverte ? Non ! Mais pas plus que Paris, Bordeaux ou Marseille, autant de villes sur lesquelles on se focalise, et où l'on mesure le vote PS, UMP, la force du MODEM ou le poids des Verts. Neuilly n'est donc pas représentatif de la réalité des campagnes municipales qui se jouent actuellement. Sur les 36 600 communes, 32 000 sont en effet considérées comme rurales, elles comptent moins de 2000 habitants. Et oui, dans ces petites villes ou villages, le mode de scrutin est différent. Et les citadins que nous sommes redécouvrent avec ébahissement que les ruraux ont pratiqué l'ouverture, bien avant que la mode n'en soit relancée. Pour moins de 3500 habitants, il s'agit d'un scrutin majoritaire plurinominal à 2 tours. En clair, les électeurs peuvent panacher leurs bulletins, rayer des noms, les remplacer par d'autres, y apposer aussi le nom de quelqu'un qui n'est pas candidat. Dans "Moi, maire rural", paru aux éditions Buchet Chastel, Gilles Rossignol raconte avec humour l'animation qui règne dans les chaumières à la veille de l'élection municipale, "quand stylo à la main, les électeurs font leur choix, laissent libre cours à leurs inclinaisons personnelles, mais assouvissent aussi des jalousies, des inimitiés, des ressentiments familiaux. Avec en tête parfois de subtiles stratégies". Ils ne choisissent pas une fois encore, UMP contre PS ou Nouveau Centre. Les listes sont très souvent apolitiques, même si l'esprit subtil discernera dans une liste intitulée "union démocratique pour le progrès social", plutôt une tendance de gauche, quand le simple mot de "renouveau" signifie clairement opposition au maire sortant ! Les électeurs barrent donc, biffent et remplacent, mais une fois élu, le maire reste le chouchou des Français, loin devant les parlementaires ou les ministres. Sa charge est pourtant immense, et elle s'accroît de loi de décentralisation en nouveaux transferts de compétences. On voit d'ailleurs se multiplier les cas de maires qui jettent l'éponge, refusent de se représenter. Trop dur, trop prenant, trop dangeureux aussi, avec une responsabilité civile et pénale de plus en plus lourde. Le maire fait office de curé, d'assistant social, de gendarme, mais il doit aussi être calé comme un ingénieur des ponts et chaussée, et instruit comme un juriste afin de se repérer dans le magma législatif et règlementaire. Quand une ville comme Paris bénéficie de 40 000 fonctionnaires territoriaux, le maire d'une petite commune, est souvent seul, avec son, ou sa secrétaire de mairie. Le maire doit être à l'écoute de ses concitoyens. Souvent il n'a attendu personne pour miser sur la démocratie participative, mais il doit aussi être celui qui choisit l'intérêt général contre les demandes particulières. Il doit construire des crèches mais se garder d'augmenter les impôts locaux. "Le maire est reponsable de tout, doit avoir réponse à tout mais n'a pas les moyens de tout", selon la formule d'André Laignel, maire socialiste d'Issoudun depuis 1977. Voilà, tout ça pour dire, que Neuilly, pas plus que Paris ne sont la France et que si le 16 mars au soir, on fera bien sûr, le bilan politique et comptable des gains à droite, à gauche et au centre dans les VILLES, et bien il ne faudra pas oublier que dans 32 000 communes, viennent aussi d'être choisis des élus dévoués, désintéressés, en tout cas disponibles à 100% pour leurs concitoyens. Et c'est aussi bien là que se forgent les projets collectifs, l'apprentissage du vivre ensemble et le choix d'un destin commun, qu'à Paris, Lyon, Marseille ou Toulouse. __LIVRE : Gilles Rossignol, "Moi, maire rural", paru aux éditions Buchet Chastel.

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