**Par Jean-François AchilliUne déclaration de Nicolas Sarkozy est passée inaperçue, ou presque, lors de son émission télévisée jeudi dernier. Nicolas Sarkozy a annoncé l’échec du multiculturalisme.Et c'est un débat qui va peser dans la campagne présidentielle, pour ne pas dire… qui va l'empoisonner. Tout d’abord, une définition simplifiée du multiculturalisme : cela désigne, grosso modo, la coexistence de plusieurs cultures différentes, juxtaposées, mais qui ne se mélangent pas. Angela Merkel et David Cameron ont déjà annoncé qu'ils n'en voulaient plus chez eux. Et Nicolas Sarkozy a déclaré à son tour : "Dans toutes nos démocraties, on s’est trop préoccupé de l’identité de celui qui arrivait et pas assez de l’identité du pays qui l’accueillait". La chancelière allemande, en octobre dernier, s’est sentie obligée de sonner le glas du multiculturalisme pour ménager ses alliés libéraux et conservateurs, après la publication d’un brûlot intitulé "l’Allemagne court à sa perte", qui a rencontré un réel succès. Son auteur, Thilo Sarrazin, un social démocrate, y expliquait que son pays s’effondrait sous le poids des immigrés musulmans, essentiellement les Turcs. David Cameron, en visite à Munich il y a huit jours, a lui aussi tourné le dos au multiculturalisme, en agitant le spectre de la menace extrémiste, et en désignant le coupable, l’islam radical. Nicolas Sarkozy, jeudi dernier, leur a donc emboîté le pas. Les pays de l’Union Européenne, et c’est inquiétant, font face à incontestable une montée en puissance de l’extrême droite. Le problème est que le multiculturalisme n’existe pas en France...Non, pas vraiment, c’est une tradition purement anglo-saxonne. En France, le modèle républicain et laïc résiste encore. Mais cette lecture est aujourd'hui contestée à l'Elysée. Henri Guaino, le conseiller spécial du Président, affirme que la menace est réelle, avec une tentation du communautarisme en forte progression dans notre pays. Nicolas Sarkozy a donc agité le chiffon rouge de l’intégrisme musulman : pas de prière dans la rue, pas de burqa, la bonne vieille France ne veut pas changer son mode de vie. C’est oublier que dans notre pays, l’immense majorité des musulmans refusent l’intégrisme. Le chef de l'Etat a utilisé des mots qui ont une résonnance particulière: "tous ceux qui viennent en France, soit ils se fondent dans la communauté nationale, soit ils n’acceptent pas ce principe, et dans ce cas, ils ne sont pas bien le bienvenu dans notre pays". Ça rappelle quelque chose, ça ?Le slogan du Front national : "la France, tu l’aimes ou tu la quittes". Nicolas Sarkozy, à quinze mois de la présidentielle, opère un virage : oubliées, ses propositions de discrimination positive, jamais appliquées. Fini le préfet musulman et autres artifices, tout cela est enterré. Il en va de l’intégration comme de l’ouverture à gauche : c’est le retour aux bons vieux fondamentaux, à droite toute! Tout ça pour quoi ? Tout simplement pour tenter de contrer Marine Le Pen, qui grimpe dans les sondages, en jouant sur les peurs, avec un discours qui n'a jamais varié et séduit aujourd'hui une partie de l’UMP. Et tout cela au risque de stigmatiser les millions de musulmans de France. La campagne présidentielle de 2012 démarre sur un terrain extrêmement dangereux.**

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