Ce matin, vous nous parlez du ressenti en politique.

Oui, vous avez remarqué que la grande mode dans les bulletins météo c’est le « froid ressenti ». Ces derniers jours, s’il faisait -2/-3 degrés, il pouvait faire -10/-15 en températures ressenties. Le froid plus le vent ça fait du très froid… Eh bien en politique, il y aussi les vérités et le ressenti mais là, le vent n’y est pas pour grand-chose… (Quoique, on va voir ça plus tard). Benoist Apparu, par exemple, le ministre du logement le remarquait la semaine dernière dans L’Express : quand il retourne dans la Marne (sa terre d’élection) ses administrés lui répondent, en colère : « mais où vivez vous ? » s’il leur dit que, globalement le pouvoir d’achat a légèrement augmenté ces dernières années. Il ne faut pas dire ce qui est pourtant une vérité statistique : le pouvoir d’achat a légèrement cru. Cette vérité chiffrée est une erreur ressentie, donc c’est une faute politique. Puisque le logement, l’essence, de nombreux produits d’alimentations ont augmenté…puisque la précarité et le chômage progressent, que les inégalités s’accroissent… globalement nous ne sommes pas dans de bonnes dispositions pour accepter l’idée que le pouvoir d’achat augmente en moyenne en France. D’abord parce qu’un individu n’a que faire d’une moyenne et puis parce qu’on achète moins souvent un écran plat dont le prix baisse, qu’un kilo de tomates dont le prix augmente. La politique est une science bien étrange puisque le ressenti et la réalité se confondent. Ainsi, le pouvoir d’achat ressenti joue sur la réalité puisque c’est compte tenu de ce ressenti que l’on épargne, que l’on consomme…et donc que l’on change la réalité.

Et pour se déterminer au moment de voter, on se base beaucoup plus sur ce que l’on ressent que sur des vérités statistiques !

Bien sûr, voilà pourquoi l’industrie de la communication politique se porte à merveille. Elle ne joue que sur le ressenti ! Ce que les météorologues viennent de découvrir existe depuis toujours en politique ; peu importe même la réalité. L’insécurité par exemple. Voilà le siège par excellence du ressenti. On parle même du « sentiment d’insécurité ». Longtemps la gauche a d’ailleurs considéré que l’insécurité n’était qu’un sentiment attisé par la droite pour asseoir son autorité. Ce n’était pas toujours faux mais ça empêchait aussi certains de voir la réalité de l’insécurité. Du coup la tendance assez générale des politiques, c’est d’agir sur le sentiment que l’on a d’un problème plus que sur le problème lui-même. Les incivilités au quotidien, les violences aux personnes sont facteurs de beaucoup plus de « sentiments d’insécurité » que la délinquance financière souterraine. Pourtant celle-ci produit, en retombées, beaucoup plus d’insécurités. On mettra le paquet sur la violence aux personnes, délaissant la lutte contre la délinquance en col blanc, pour plus de rentabilité politique. Alors pour en revenir à la campagne présidentielle, le sentiment crée, là aussi, une dynamique de succès. En ce moment tout ce que fait François Hollande semble lui réussir. « Quand François Hollande marche dans une flaque, les médias disent qu’il marche sur l’eau », selon Xavier Bertrand. Nicolas Sarkozy avait connu ça en son temps. Et c’est là que l’on retrouve le rôle du vent politique et de ses éoliennes, les sondages. Le vent de la victoire annoncée renforce les sentiments d’adhésion et de rejet. François Hollande bénéficie, en ce moment de ce succès « ressenti ». Mais attention, en politique le vent tourne vite.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.