Le président l’a répété hier soir

Et voilà le type même de très bonne idée de campagne… Mais de campagne uniquement. Intellectuellement, on voit bien les attraits de la conscription : 3 mois de service qui sortiraient toute une classe d’âge (filles et garçons) de son milieu, une œuvre de socialisation, dans un cadre un minimum contraint, pour des jeunes qui ont besoin de repères, par exemple en expérimentant la vie en collectivité. Et puis cette idée de brassage… comment être contre en ces temps de replis communautaires ou d’entre soi. D’abord, il faut relativiser le mythe du brassage. Le service militaire était un formidable brassage, c’est vrai, mais surtout géographique… pas vraiment social. Les bourgeois que les hommes du rang croisaient étaient principalement des officiers qui leur donnaient des ordres. Ceux qui avaient fait des études supérieures ou avaient des relations se débrouillaient majoritairement pour être réformés, incorporés près de chez eux, de préférence dans des bureaux, ou alors ils faisaient une coopération dans un pays (pour employer les mots de l’époque) dit «en voie de développement». Tous les rapports, (parlementaires ou pas) qui étudient la possibilité de revenir à un service militaire, même très court mais obligatoire, pointent le coût exorbitant, l’encombrement de la structure militaire, bref l’infaisabilité. Le rapport qui sera remis ce matin par des députés LREM ne devrait pas déroger à la règle.

Il y a l’hypothèse de l’étendre à un large service civique

 Le service civique existe déjà. Il est volontaire. Il rencontre d’ailleurs un certain succès avec plus de 100.000 missions et toujours beaucoup plus de demandes que de possibilités offertes. D’ailleurs les volontaires viennent de tous les milieux… et créent, pour le coup, un vrai brassage. Le rendre obligatoire parait illusoire parce que l’obligation exige une discipline toute militaire peu compatible avec des activités altruistes, d’entraide ou de service, peu compatible aussi avec l’idée même de «l’engagement», autre valeur souvent citée par Emmanuel Macron. Il faudrait sans doute développer encore les possibilités de travailler quelques semaines ou mois pour aider des personnes âgées, faire de l’aide aux devoirs, effectuer des travaux pour la préservation de l’environnement ou du patrimoine. Il pourrait y avoir de fortes incitations comme la possibilité de passer son permis de conduire. L’idée d’imposer la cohésion nationale de façon autoritaire, et donc par l’enrégimentement, pouvait se concevoir quand il fallait créer une armée de masse pour défendre le pays, toujours sous une menace ennemie directe. Mais aujourd’hui, ce sont les capacités d’autonomie, d’adaptabilité, de souplesse, d’engagement qui font de bons citoyens du XXIème siècle. L’obligation est donc une illusion entretenue par notre nostalgie très sélective. On se remémore les bons côtés de l’époque du régiment. La société peut obtenir bien plus d’une incitation bien faite que d’une obligation ruineuse et en réalité toujours socialement discriminatoire. Je prends le pari que cette promesse de retour au service militaire obligatoire ne sera pas tenue. Si je perds, je promets une semaine de chroniques en alexandrins… et la première toute à la gloire de l’armée française.   

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