"Les élections municipales de mars prochain seront un test national". Voilà ce qu'ont dit en choeur ce week-end, UMP et PS confondus, pour une fois d'accord sur le même slogan. Avec une nouveauté, c'est le pouvoir en place qui veut politiser ce scrutin, quand il est d'usage de répéter hypocritement que les municipales, c'est du local et rien que du local. Alors pourquoi un tel engagement, visible et assumé ? Et bien, il ne faut pas oublier que pour l'executif d'aujourd'hui, 2004 reste un choc traumatique ! La claque des élections régionales de 2004, que dis-je l'humiliation de la victoire de la gauche dans 20 des 22 régions, est encore cuisante sur certaines joues. Notamment sur celles de François Fillon, qui connut là sa première défaite personnelle, ce qui le plongea d'ailleurs dans la tourmente, la déprime et le catastrophisme. A l'époque, il parla de "21 avril à l'envers". Il faut dire que Jean-Pierre Raffarin, en accord avec Jacques Chirac, n'avait cessé de se tenir à distance du scrutin, répétant que c'était la personnalité, le bilan et le projet du candidat régional qui feraient la différence. Résultat, ils se firent tous trucider sans avoir l'occasion de défendre leurs réformes et une certaine Ségolène Royal émergea sur la scène nationale avec le destin que l'on sait. Cette fois donc, pas question de se laisser déplumer sans combattre. D'autant que le président de la république est convaincu que ce que les Français ont aimé en mai dernier en votant pour lui, lui et sa volonté de réforme, ils devraient continuer à le plébisciter. Et ce, malgré la décrue de sa popularité et les premiers doutes sur son action politique. Combattif et sûr de lui, Nicolas Sarkozy a donc lancé ce week-end devant son parti - ça ne surprend plus personne cette intrusion partisane, mais enfin c'est quand même une première - il a lancé la campagne, en brandissant son arme fatale contre le PS, l'ouverture. Il n'a qu'une idée en tête, limiter les dégâts, avec néanmoins la tranquillité d'esprit de celui qui sait, que quoi qu'il arrive, il est encore libre d'agir à sa guise pendant 4 ans. Pour l'opposition, il est évidemment plus usuel de nationaliser ces élections intermédiaires. Le parti socialiste a regardé l'échéancier électoral et s'est rendu compte que ces municipales étaient quasiment les seules qu'il avait une chance de remporter pendant le quinquennat, les prochaines régionales s'annonçant mathématiquement moins réjouissantes. Et puis chacun des ténors indexe son propre destin, en vue du Congrès du parti puis de la présidentielle 2012, sur la victoire plus ou moins éclatante de la gauche en mars prochain. Ils mettent donc tous la gomme. "Tope-là" a lancé Ségolène Royal, Laurent Fabius a parlé de "carton jaune" à mettre dans l'urne. Vote sanction, voilà ce que le PS réclame, égrénant la liste des promesses déjà sans suite du président. Seul Bertrand Delanoé, candidat déclaré à Paris, mais officieux à d'éminentes fonctions au PS, renâcle à faire ouvertement de ce scrutin le 3ème tour de l'élection présidentielle, et le premier du prochain congrès du PS. La plus petite incursion sur ce terrain là est immédiatement canardée par son opposante Françoise de Panafieu qui trouve là son meilleur argument de campagne. Plébiscite pro Sarko contre référendum anti-Sarko, pour l'instant les électeurs semblent se sentir un peu coincés par cette alternative, et préfèreraient semble-t-il juste glisser un bulletin municipal dans une urne municipale. Mais qu'ils ne s'y trompent pas, leur voix comptera double le 16 mars prochain. Une fois pour leur commune, une fois pour un camp ou pour l'autre. Au niveau national, l'Elysée et le PS ont déjà leur logiciel de double comptabilité.

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