Mini remaniement ministériel prévu pour les jours à venir. Mais on sait déjà qu'Eric Besson aura le ministère de l'immigration et Brice Hortefeux, celui des affaires sociales. L'art du contre emploi ? Nicolas Sarkozy adore le monde du spectacle. Il se vit en grand producteur d'un show politique qui se déroule devant nos yeux. Il y maîtrise particulièrement l'art du casting, les subtilités du contre emploi par exemple. En son temps, Claude Berri avait eu l'idée lumineuse de confier à Coluche le rôle titre de « Tchao Pantin », film bouleversant et triste. Comble du contre emploi, vous vous souvenez de Bourvil et Jacqueline Maillant qui chantent « Je t'aime moi non plus » de Gainsbourg. Alors, j'en conviens, dire que Brice Hortefeux est le Jacqueline Maillant du gouvernement c'est un peu audacieux, mais ça se tient ! En politique, le contre emploi peut avoir plusieurs buts. Dans le cas de Brice Hortefeux, il s'agit de mettre une personnalité à la réputation d'homme à poigne plutôt destiné aux fonctions d'autorité, dans une position inverse. Au ministère des affaires sociales, il faut négocier, chercher l'accord le plus large et faire preuve d'une sensibilité sociale. On s'y crée forcément une image plus ronde, plus avenante. Il parait que Nicolas Sarkozy pense à lui pour être, un jour, Premier Ministre. Le passage aux affaires sociales est une étape propre à transformer, sinon l'homme, du moins son image. Nicolas Sarkozy façonne donc son personnage, un peu comme Gepetto polit le crâne de Pinocchio pour s'assurer qu'il est bien à son idée. Mais j'arrête là avec Brice Hortefeux parce que Jacqueline Maillant et Pinocchio, ça fait beaucoup. Je sais que contrairement aux apparences, il a beaucoup d'humour. De toute façon, il lui en faudra face à Bernard Thibault, Jean-Claude Mailly ou Laurence Parisot ! Autre contre emploi : l'ex-socialiste Eric Besson devrait être nommé au ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Alors là, on est dans le pied de nez. Mais au-delà de cette pirouette destinée à faire bouger les lignes (expression très à la mode à l'Elysée), il se trouve que le thème de l'immigration est un marqueur. Le casting est forcément un message. Pendant la campagne présidentielle, il s'agissait de tirer le tapis sous les pieds du Front National. On a donc accolé immigration et identité nationale. C'était un message politique de fermeté et de repli identitaire. Le but est atteint. Non pas qu'on ait réglé un quelconque problème d'immigration, je parle du but politicien : le Front National est exsangue. On aura beau jeu de dire maintenant, à l'heure de gloire de Barack Obama -et tout en gardant les objectifs chiffrés d'expulsions - qu'identité et immigration vont bien au tein d'un ministre de gauche, puisque l'identité française s'enrichit de l'immigration. On sera passé de l'acception barrésienne de l'identité à celle de Fernand Braudel sur un simple casting de sitcom gouvernemental ! Il y a aussi Martin Hirch, pour renouer le contact avec la jeunesse et remettre en scène la réforme des lycées. Là, on comprendrait que les responsables de l'UMP commencent à se vexer parce que dès qu'un problème parait insoluble, la meilleure solution pour Nicolas Sarkozy c'est de nommer quelqu'un de gauche. Cela dit, c'est un geste politique, un virage sur l'aile, un appel à négocier, à prendre son temps. Prendre son temps, c'est assez inhabituel chez le Président et, la façon dont, tout de suite, les organisations syndicales ont tourné le dos à cette main tendue, est quand même surprenante. Enfin, il est tentant de souligner que Martin Hirsch n'aura pas eu le poste dont il rêvait : le logement. Il avait pourtant émis, dans une tribune au "Monde" une série de propositions assez concrètes et socialement audacieuses qui allaient, il est vrai, largement à l'encontre de la politique menée sur ce sujet par le gouvernement. Prendre des ministres de gauche oui, mais pas pour faire une politique de gauche ! Ça ne serait plus du contre emploi ! Les acteurs sont les interprètes et c'est quand même le producteur qui décide.

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