Vous avez remarqué ? Nicolas Sarkozy occupe beaucoup moins les pages des journaux et les commentaires en ce moment. Il ne saute plus sur le moindre fait-divers pour nous annoncer une nouvelle loi qui, généralement, ne sera pas appliquée par manque de moyens ou tout simplement parce qu’elle aura été trop vite faite et donc trop mal faite parce que faite surtout pour être annoncée justement... Le président hyper actif, celui qui mettait les parlementaires dans une essoreuse à annonces et idées changeantes, se serait calmé. Attention, Nicolas Sarkozy affirme toujours être en mouvement. Il s’est félicité, lors des vœux aux parlementaires d’avoir fait passer plus de lois en 2010 qu’en 2009... Mais il s’est calmé quand même. Les aspérités de l’actualité politique ne sont plus de son fait. Jean-François Copé, dans la majorité a pris le relais… en quelques semaines Copé a voulu relancer le débat sur l’identité nationale, puis y a renoncé, il a voulu amoindrir la loi sur la déclaration du patrimoine des parlementaires, puis il a reculé, il a voulu relancer le débat sur les 35 heures puis il s’est fait taper sur les doigts... Bref, il a transgressé, occupé l’espace, remué l’écume de l’actualité sans faire avancer grand-chose… Jean-François Copé a donc fait du Sarkozy type-2005/2010… il a appliqué ce qui avait fait le succès de Nicolas Sarkozy et ce qui lui a permis d’être élu. Mais ce que le président ne fait plus !Effectivement parce que cette méthode qui consiste à susciter des débat vifs sur des terrains qui sont censés vous être profitables (c’est ce que l’on appelle la prop-agenda), cette méthode est efficace pour se distinguer et même pour se faire élire, mais on l’a vu, elle est totalement inefficace pour reformer et surtout pour revêtir les habits du président de la République. Cette méthode n’est plus bonne pour le président depuis le jour de sa victoire en 2007 mais il ne s’en est vraiment rendu compte que l’été dernier avec l’échec total de sa stratégie pour relancer un débat sécuritaire sur l’immigration avec l’affaire des Roms et de la déchéance de nationalité. Ce débat ne lui a rien apporté en termes de popularité et même, a nui à son image de président arbitre au dessus des partis. Du coup, revirement complet : Nicolas Sarkozy qui prônait la rupture avec ses prédécesseurs taxés de « rois fainéants » se met à faire comme eux. Il privilégie les déplacements en province, est à l’écoute… adopte un ton plus apaisant, moins interventionniste. Il se « chiraquise » ou se « mitterrandise ». Nicolas Sarkozy a compris que si on peut cliver pour se faire élire, il est impératif de rassembler pour se faire réélire… Un président peut difficilement mener une campagne de premier tour. Souvenez-vous du coup de génie de François Mitterrand en 1988. La France unie et ce clip de campagne où l’on voyait défiler les images angoissantes d’un monde frénétique, images qui s’arrêtaient net sur celle du président écrivant sa lettre à tous les Français, solide, calme, imperturbable dans son bureau, sous les lambris rassurants de l’Elysée. Le problème avec Nicolas Sarkozy c’est que ça se voit trop. Tout se voit trop ! On a tous compris que maintenant, il fallait qu’il fasse le président calme et olympien. D’ailleurs son entourage le dit volontiers et il y en a plein les journaux sous forme de confidences. En gros, on nous annonce que c’est un rôle de composition ; et c’est vrai qu’il faut pouvoir le tenir efficacement ce rôle, ce n’est pas gagné… ça peut marcher, c’est le charme incertain du contre-emploi… un peu comme si Louis de Funès avait voulu jouer Hamlet… Pourquoi pas !

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