Le succès de la manifestation contre le mariage pour tous ne fera donc pas bouger le gouvernement.

Non, même si la manifestation d’hier était une réussite, en termes d’affluence, mais aussi par l’image et le ton très maîtrisés et policés qu’elle a donné d’elle-même, ça ne changera rien. Parce qu’un gouvernement ne recule que si la mobilisation est l’expression d’une large majorité de la population. Si, en plus des centaines de milliers de manifestants, les sondages avaient montré que les Français étaient majoritairement contre ce projet, son maintien aurait été difficile à justifier. C’était par exemple le cas de la réforme de l’école privée en 1984, de la réforme des retraites de 1995 ou du CPE en 2006. En revanche, la réforme des retraites en 2010 avait donné lieu à des manifestations très fournies. Mais l’opinion n’était pas vraiment défavorable à la retraite à 62 ans. Une large part des Français estimait qu’avec l’allongement de la durée de la vie, la réforme allait, voilà la clef : « dans le sens de l’Histoire ». D’ailleurs la gauche, revenue au pouvoir, n’a que très partiellement remis en cause cette réforme et s’apprête même à la compléter parce qu’elle est mal financée. Le mariage pour tous survivra certainement à l’alternance. En 2005, il y a eu un million de manifestants contre le mariage, l’adoption et la PMA en Espagne. Depuis la droite, n’a rien changé ! En France la population a pris de l’avance. Dans sa majorité elle soutient le mariage même si elle est plus partagée sur la question de l’adoption.

L’âge est le premier critère des différences d’opinion sur ces questions .

Oui, seul les plus de 50 ans sont majoritairement contre le mariage pour tous ! Ce qui renforce l’idée d’une réforme qui va dans le « sens de l’Histoire ». Il est d’ailleurs frappant de constater, par exemple qu’il n’y a quasiment pas de différences d’opinion entre la France rurale et la France urbaine. Ce n’est d’ailleurs pas une préoccupation majeure des Français. Le fait que l’Eglise se soit à ce point impliquée dans le débat et même dans la mobilisation d’hier a renforcé l’idée que les opposants au mariage gay allaient à rebours de l’évolution des rapports humains dans notre société ! Et cela malgré la débauche d’énergie des organisateurs pour donner à la manifestation un aspect moderne et branché. La night-clubbeuse papiste et peroxydée Frigide Barjot n’y changera rien. Dans l’esprit de bien des Français, l’Eglise (toujours respectée pour la force spirituelle qu’elle représente) marque quand même du sceau de l’anachronisme tous les sujets de société qu’elle aborde ! L’Eglise (toutes les églises) est toujours officiellement contre le divorce et l’avortement, son discours sur le préservatif est totalement déconnecté de ce que vit la grande majorité de la population. La forte implication de l’église contre le mariage marque cette réforme du sceau, pour le coup, de la modernité. Le vrai débat, celui qui dépasse largement la question homosexuelle, viendra plus tard. C’est celui de la procréation médicalement assistée. Il ne s’agira plus de se demander « qui a le droit ou non d’être parent ? » mais de se poser une autre question, politiquement beaucoup moins tranchée : « la PMA doit-elle rester un acte médical ou peut-elle devenir une nouvelle façon de procréer pour tous ? »… Si l’Eglise voulait peser sur ce débat, le plus efficace (pour les anti-PMA) serait certainement qu’elle reste discrète !

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